Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 04/11/2020 08:00:51
Rubrique : Interviews, lu 992 fois. 4 commentaires
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Portrait: KELLY HOUTAPPELS BRUDER, une pépite était cachée


 

 

 

              KELLY HOUTAPPELS-BRUDER,  on ne devient pas  championne par  hasard !

    Mareik Paaridans (groom) et  Kelly Houtappels-Bruder

               Depuis quelques années une meneuse canadienne, Kelly Houtappels-Bruder m'interroge. Après une progression constante de ses notes et notamment en dressage, elle vient de conclure magnifiquement 2020 à la suite d'une préparation exemplaire. Préparation et objectif atteint, une seconde place au championnat du monde à PAU. Jugez de ce qui s'entend par progression et construction d'un cheval…

          Première participation à un CAI à Dillenburg en 2012: 66 points au dressage

          2016 Saumur, première sortie avec Flip son cheval d'aujourd'hui : 59 points au dressage

          2018 Kronenberg, 5 ème derrière Saskia Siebers, Jean-Michel Olive, Stéphane Ulrich, et Marion Vignaud : 54 points en dressage

          2018 Kronenberg championnat du monde, 9 ème au classement individuel :51 points au dressage

          2019 Le Pin : 48.55 points en dressage

          2020 Pau championnat du monde, 2 ème au classement individuel: 45.89 points au dressage

           

PAU Championnat du Monde - photos Krisztina Horvàth et Solène Bailly

          Kelly je ne la connaissais pas avant cet interview. C'est donc une totale découverte de cette meneuse canadienne que j'ai faite dans notre échange. On commence avec ce qu'elle m'a dit de Flip son cheval. Elle n'était pas spécialement bien armée avec lui pour de grandes performances.

           Kelly Houtappels-Bruder: «Flip un Oldenburger né en 2008, est un cheval très spécial, mais pas très talentueux. Il a toujours été un bon cheval de marathon, mais la façon dont son corps est construit ne le rend pas apte à porter du poids sur son arrière-train, et c'est si important en dressage!  Il a fallu cinq années d'entraînement sur les bases et les fondamentaux du dressage pour travailler le renforcement de la force musculaire afin  qu'il en arrive au point où il en est aujourd'hui. Il est étonnant de voir comment il est devenu plus fort.

          « La plupart de mes entraînements se font sous la selle. En hiver, il est dans l'attelage une fois par semaine et en saison, deux fois par semaine. Nous faisons très peu de préparation physique, mais nous nous concentrons sur la force, donc beaucoup de travail au galop, de transitions, de travail de rassembler, etc. Le travail de dressage permet d'améliorer automatiquement le marathon et la maniabilité. J'ai la chance d'avoir un merveilleux entraîneur qui nous permet de rester concentrés et d'aller de l'avant. Il est tellement important de s'entraîner de manière à ce que le cheval aime son travail, et je pense que vous pouvez le constater.  A Pau, Flip a adoré ce qu'il a fait pendant toute la compétition. »

          Évidemment quand Kelly me dit ça, je bois du petit lait. N'ai je pas milité ces dernières années pour le renforcement musculaire du cheval ? Après son débourrage à l'attelage, avant tout travail spécifique concernant l'attelage de haute compétition, il faut aborder le travail sous la selle, par un professionnel du dressage, ou par un cavalier maitrisant bien le travail sur le plat (niveau Saint Georges): pour l'acquisition des muscles, de la force de l'arrière main, et le renforcement mental du cheval grâce à une bonne psychologie du dresseur. Quelqu'un me disait récemment : « l'attelage détruit le cheval, et c'est par de la bonne équitation que l'on maintient et que l'on construit le cheval d'attelage. Il faut revenir le plus souvent possible au travail sous la selle, seul garant d'un travail latéral et longitudinal efficace.» Vérité essentielle, le reste ne peut évoluer qu'à cette condition pour accéder au niveau suprême, même s'il reste tellement d'autres paramètres à maitriser.

Dressez, assouplissez, soyez à l'écoute de votre cheval, veillez à son bien être,  il en restera toujours quelque chose.

Corrine Doorepaal

         

          Une coach exceptionnelle pour une meneuse exceptionnelle

          Kelly s'entraine donc depuis 5 ans avec une coach  de renom en Hollande: Corinne Doorepaal

          KH-B : « Cela été difficile de  trouver un coach ayant la même philosophie de travail et de progression que moi. L'attelage en solo et les attelages multiples deviennent deux identités complètement différentes.  Ce qui marchent pour les paires ou les teams ne marchent pas nécessairement pour les solos. Je ne voulais pas changer de mors ou chercher d'autres solutions rapides, je voulais croire qu'avec le temps et un entraînement correct, un cheval pouvait être capable de faire tout ce qu'il peut faire sous la selle dans l'attelage également - ou mieux encore sans avoir à porter le poids d'un cavalier. Corrine est un entraîneur de dressage très recherché, elle forme principalement des cavaliers de Grand Prix néerlandais. Sa capacité à penser en dehors des sentiers battus et sa curiosité pour l'attelage ont eu une influence positive sur mon équitation et ma façon de mener. Ces dernières années, Corrine a poursuivi sa formation et a obtenu son diplôme de coach mental, ce qui est  un atout supplémentaire. »

Je continue de boire du petit lait...

 

 

          Kelly, sa vie, son parcours

          Kelly à commencé à monter à cheval très tôt, « dès que j'ai pu marcher me dit-elle ». Sa mère est une cavalière passionnée, elle a joué un rôle important dans sa carrière équestre.

          KH-B : « Nous n'avions pas beaucoup d'argent,  les poneys que nous avions étaient toujours des poneys que personne d'autre ne pouvait monter. Cela a fait de moi une bonne cavalière, mais m'a aussi fait apprécier les chevaux bien dressés que j'ai aujourd'hui ! J'ai grandi principalement en faisant du dressage et j'ai participé à des compétitions jusqu'au niveau des Jeunes Cavaliers au Canada. J'ai été championne du Canada en 1996 et 1998. Quand j'ai grandi avec mon grand poney, nous l'avons mis dans l'attelage et c'est ainsi que ma carrière d'attelage a commencé. J'ai obtenu un diplôme universitaire en agriculture, mais j'ai surtout travaillé comme palefrenière en voyageant à travers le Canada et les États-Unis pour participer à des concours. »

               « Je suis Canadienne, j'ai déménagé en Europe en 2008 pour poursuivre ma passion de l'attelage . J'ai travaillé comme étudiante pour Gerard Leijten et Saskia Siebers à Blakheide en Belgique en 2008-2009. C'est là que j'ai rencontré mon mari Frank et nous vivons maintenant à Steensel, aux Pays-Bas près de Eindhoven, avec notre fils Arthur, âgé de 4 ans. Je dirige une petite écurie de formation, Gendersteyn Stables, j'enseigne à quelques étudiants et je fais également quelques travaux de traduction en free-lance. »

 

          KH-B : « Ma relation avec la fédération canadienne s'est énormément améliorée ces dernières années. Il a été difficile dans le passé d'obtenir leur soutien ou de faire la promotion de notre sport au Canada. D'un autre côté, j'ai la liberté de concourir où je veux et je ne suis pas lié aux processus de sélection, etc. Je fais de mon mieux pour me rendre au Canada au moins deux fois par an pour y donner des stages et encourager nos talents locaux. La communauté des meneurs au Canada est petite, mais c'est un groupe extrêmement passionné et j'espère qu'avec plus de soutien et d'encouragement, nous les verrons apparaître davantage sur la scène internationale. Il est certain que nous n'avons pas eu la chance d'avoir les meneurs américains et autrichiens à Pau cette année. Nous essayons de participer à des compétitions dans toute l'Europe, mais nous avons tendance à toujours participer autour des concours français comme Le Pin,  c'est pourquoi je suis heureuse d'avoir beaucoup de meneurs et de meneuses françaises parmi mes amis. L'attelage solo  est vraiment en train de passer à un nouveau niveau, tout le monde s'entend bien, nous sommes tous de vrais sportifs et que nous travaillons dans le même but.

               Je veux dire un grand merci aux organisations du Pin, de Chablis et de Pau pour avoir organisé les concours cette année. C'était beaucoup de travail en ces temps difficiles et sans eux nous n'aurions jamais pu avoir une saison et encore moins un championnat du monde. Nous l'apprécions vraiment beaucoup !!!!

          Une autre chose : en 2017 et 2018, nous avons roulé devant madame Anne Marie Turbé probablement 8 ou 9 fois. Flip était toujours très instable, surtout en début de saison, et faisait une grosse bêtise à chaque épreuve de dressage, mais jamais exactement la même bêtise. Parfois, il remontait la ligne médiane et cédait à droite au lieu de céder à gauche, parfois il sautait en l'air de nulle part et continuait comme si de rien n'était, une fois à Chablis je crois que nous avons établi le record de l'épreuve de dressage la plus rapide de tous les temps ... J'avais le sentiment qu'elle attendait toujours de voir ce que Flip allait faire comme bêtise  :-)) 

          Recevoir des meneurs français en stage ? pourquoi pas mais  l'enseignement ou les stages seraient en anglais.... ou en néerlandais ! C'est toujours un de mes objectifs de suivre des cours de français car il ne me faudrait pas trop de travail pour retrouver mon français de lycée...  »

Le Team Kelly à Pau photo Solène Bailly 5* de Pau

                   

                    Conclusion: Une grande championne assurément. Que ceux qui sont dans "la philosophie" de Kelly Houstappels-Bruder se lèvent, on fera un club !

                    ©  JCG/attelage.org

           

 

 


  Commentaires
-Oui, par JUJU (07/11/2020 16:28:47)
elle a raison.
-La Hollande... par JeanClaudeGrognet (07/11/2020 18:04:11)
... a une autre culture, la culture du dressage. Il faudra beaucoup de temps pour remonter la pente chez nous.
-ENFIN !!! par VALEGRO (09/11/2020 14:21:52)
Bonjour à toutes et à tous,
Comme je suis ravi de lire cet interview, et de découvrir enfin une sportive, une meneuse qui parle que d'une chose: la base des acquis techniques équestres. Tout est dans le dressage monté. Et comme elle le soulève si bien sans se cacher derrière un arbre qui fait la forêt des incompétents, oui son cheval a un physique hideux, et oui son corps est fait de telle façon que le sport de haut niveau n'aurait pas dû être fait pour lui vu sa morphologie. Mais avec un travail assidu orienté sur les bases, avec le remps, la persévérance et la qualité du travail monté dans le BON SENS ( comme l'écrivait René GOGUE), on arrive à çà: une reprise de dressage attelée maîtrisée, propre, et un titre de vice-championne du monde.
Le cheval d'attelage de compétition à vocation internationale se doit d'être avant tout un cheval de dressage, qui doit être capable de dérouler à minima une reprise amateur élite préliminaire. Et quelque soit l'attelage ( à un ou multiple) puisque chaque cheval est la composante d'un collectif qui s'auto équilibre et qui s'auto corrige grâce aux points forts de chaque cheval.
Tant que les meneurs français n'auront pas intégré l'importance de la qualité intrinsèque, et notamment la qualité du rein, on aura du mal à rivaliser à Haut Niveau. Et j'entends déjà les remarques fielleuses de certains qui n'acceptent pas la critique et qui sont incapables de faire leur propre analyse de leurs propres choix de chevaux et de leur propre façon de préparer un attelage à la compétition.
Bonne journée
-+ 1 par JeanClaudeGrognet (09/11/2020 17:08:33)
Bienvenue au Club -:))))