Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 12/08/2020 21:54:25
Rubrique : Interviews, lu 842 fois. 2 commentaires
Partager

Portrait: DIDIER MATHIS Alsace, cheval, bois et traditions...


 

                                                                                   DIDIER MATHIS

 

                              Didier Mathis est alsacien de pure souche. Rien à voir cependant avec " Emile Mathis ", qui dans  les années 30 construisait des voitures renommées de par le monde  en Alsace et en Allemagne. Didier parle l'alsacien et il en est fier. Rien d'étonnant que de trouver  chez lui  cet acquis linguistique rare aujourd'hui chez les jeunes. Cela va de paire avec son attachement à la terre, au bois aux traditions et au cheval, comme je l'ai découvert au fil de notre passionnante discussion.

Débuts de l'attelage à 5 ans !

Encore très jeune garçon, il annoncera à ses parents vouloir 2 choses dans la vie, « avoir un cheval et travailler le bois ». Ses études iront dans ce sens, dans la filière bois. Aujourd'hui Didier titulaire d'un CAPET « sciences de l’ingénieur en architecture et construction » il accompagne les étudiants en BTS et Licence PRO de son lycée, dans des projets qui partent d’un dossier d’architecte pour aller vers des modélisations 3 D, les calculs de structures des bâtiments, mais aussi thermiques et hygrothermiques. Puis vient le pilotage des robots pour le façonnage du bois, pièces de charpente, mobilier…  « Cela n'a rien d'artisanal, mais ce sont aujourd'hui des techniques très utilisées chez nos voisins suisses et allemands. L'Alsace prend de tous côtés ce qui est bon chez l'un et bon chez l'autre, des Vosges à la Forêt-Noire ! »

         

          Les Percherons, les travaux agricoles

            Dans ses 10 ans les grands-parents vont lui offrir un poney islandais, et la découverte de l'attelage. C'est en allant au salon Euro-cheval d'Offenburg en Allemagne, qu'il découvre les percherons présentés par les Haras Nationaux.

          Didier Mathis: « C'était des grands percherons noirs de lignées américaines. Ils m'ont beaucoup impressionné, et à mon retour je suis allé en Normandie visiter les éleveurs. C'est avec eux que nous avons fait nos randonnées en attelage. Les Américains et plus particulièrement les Amish, ont conservé le type du percheron  d'origine et que l'on appelle le percheron diligencier. Le percheron diligencier a été massivement exporté par les éleveurs normands vers les États-Unis. On a compté jusqu'à 1000 exportations par an pendant une dizaine d'années. Comme le nom l'indique, ces percherons étaient utilisés pour tirer les omnibus, comme par exemple à Paris au début du siècle. En France on a un peu perdu les caractéristiques de cette race avec l'engraissement des chevaux de trait pour la viande de boucherie. Le studbook du percheron a d'ailleurs été fermé d'abord aux États-Unis avant d'être fermé en France. Sur de vieilles gravures représentant des percherons, on est frappé de leur ressemblance avec le schweres warmblut allemand. Pour régénérer la race, les éleveurs français retournent aujourd'hui aux États-Unis pour réimporter du percheron diligencier qui était parti de France un siècle plus tôt !

Le premier percheron américain importé s'appelait Silver Shadow Sheik. »

La roulotte est une fabrication maison bien entendu !

          « Avec notre premier percheron, nous faisions le débardage en forêt. Ayant hérité de la ferme de mes grands-parents et du matériel de traction animale, que l'on peut encore trouver dans de vieilles fermes, je me suis intéressé aux travaux agricoles et j'ai remis le matériel en état. Je fais aussi de la sellerie, de la bourrellerie, je ferre mes chevaux, je travaille le métal, la forge...

Une faneuse attelée à un percheron américain, fenaison et fauchage avec 2 percherons sur les pâtures de l'intéressé.

          Didier fait parfois des démonstrations du savoir-faire de ses chevaux, comme le débardage en forêt, ou bien une démonstration de chargement de grumes, ou encore des épreuves de maniabilité de grumes.

          « Ces épreuves sont particulièrement appréciées  des anciens qui retrouvent un savoir-faire. Il y a une association de Traction  Animale dans le Grand Est. Nous nous retrouvons et nous échangeons de temps en temps. C'est auprès d'eux que je m'instruis. Avoir les chevaux ne suffit pas, il faut aussi savoir utiliser le matériel et savoir l'entretenir et le régler. On ne s'installe pas devant une faneuse sous prétexte que l'on sait tenir des guides ! La vitesse des chevaux et leur complicité durant le travail est aussi un facteur très important. Tout le travail des sols se fait dans la douceur à l'inverse du tracteur. Le matériel des anciens était très performant et très bien conçu. Il était par exemple très facile de changer de lames si besoin même pendant les travaux. Il y a aussi en Alsace l'utilisation des chevaux territoriaux pour différents services, comme la distribution du pain aux personnes âgées... qui attendent le cheval avec une carotte. Face au tracteur le cheval n'a pas perdu sa place. »

Concours de maniabilité de grumes en Allemagne.

(ndlr: attelage.org a publié en 2018 un reportage sur les concours de traction en Allemagne) - Alain Jan, lors d'un concours à Lisieux (probablement 2009)  a organisé un concours de Traction animale.

« La foire agricole de Libramont en Belgique est très orientée débardage à cheval. Ce sont des professionnels, des forestiers qui travaillent tous les jours avec leurs chevaux qui viennent faire des démonstrations.

Ils sont très impressionnants !

Autres activités, le labour et le ramassage du bois de chauffage pour l'hiver

« Le cheval permet d'aller dans le sous-bois sans faire de dégâts, il est capable de faire un pas de côté pour éviter une souche, on peut approcher d'un arbre à 10 cm, sa maniabilité facilite le travail du forestier, et le cheval ne fait pas de bruit. »

 

          Du percheron à la Tradition, au dressage et au sport

          L'attelage agricole, mais pas que !

          DM: « en 2003 j'ai été sollicité pour aller de village en village avec  le Saint-Nicolas pour distribuer des chocolats aux enfants. Il fallait des chevaux sûrs pour cela. Est venu vers moi un cavalier de dressage, Jean-Claude. Il faisait du dressage avec un Oldenburg. Il m'a proposé de monter les percherons, ce que j'ai accepté volontiers. Il a été très étonné des possibilités de ces chevaux. J'ai compris que même pour du débardage le travail de dressage et les assouplissements sont très importants. Je suis donc allé régulièrement chez lui, sur sa carrière de dressage.

Epaule en dedans, appuyer, départ au galop, diagonalisation et peut être piaffer au bout ...

2005 Didier va présenter son attelage et gagner au concours de tradition au château de Rhoans de Saverne (photo de gauche), mais aussi à Offenburg en Allemagne

Le cheval un percheron américain, lui a été confié par le Haras du Pin afin de représenter la race dans les concours.

          C'est une rencontre en 2011 avec René Muller qui va orienter Didier vers les concours sportifs avec les percherons. A l'époque René Muller avait confié des percherons à Thibault Coudry.

          Les succès seront au rendez vous, les victoires en dressage nombreuses, parfois devant les chevaux de sang : «J'ai sans doute été l'un des premiers à travailler avec un cavalier de dressage. J'ai beaucoup appris de nos séances de travail avec Jean-Claude. » Didier me rapporte une anecdote succulente dont on taira le nom de l'auteur.

          Lors d'une épreuve de dressage le président du jury sonne l'attelage :

          Le Président: « Monsieur vous avez fait une erreur de parcours »

          DM: « Non Monsieur je connais parfaitement la reprise, je n'ai pas fait d'erreur. » Le président montre alors le texte de la reprise...

          DM: « Monsieur le président vous n'avez pas le bon protocole… »

                                   Dressage Chablis 2008                                                                      Maniabilité Chablis 2008                                              Marathon Lisieux 2009

          DM: « meneurs et concours pour chevaux de trait étant peu nombreux, je me suis rapidement orienté vers les chevaux de sang. Et puis, l'on sentait bien que les chevaux de trait n'étaient pas les bienvenus chez les chevaux de sport. Au concours de Seurre un gentil concours en Bourgogne, je rencontre Yves Fernoux qui souhaitait se séparer d'un cheval qu'un propriétaire lui avait confié... Quartz un selle français a donc été mon premier cheval de sang. Le cheval progressait bien en dressage mais lorsque l'on a abordé  les marathons des CAI, le cheval a vite montré qu'il manquait de cœur. Voilà toute la difficulté lors de l'achat d'un cheval, il faut savoir reconnaître autant que faire se peut les dispositions du cheval pour la compétition. Ce n'est pas trop dans ma nature de changer de cheval en face des difficultés, mais le concours international à des exigences, et il faut mettre si possible les moyens face aux ambitions. »

Quartz au longues rênes et à Chablis en 2016

          L'ami Pierre ...

          DM: « mon père quand il était en activité, était directeur d'exploitation une grande société de transport. Il a donné à Pierre Jung un de ses premiers job. C'était le début de la vie professionnelle de Pierre, et mon père l'a beaucoup aidé à démarrer en lui proposant du fret… Un jour en discutant avec Pierre sur un concours, nous avons fait le rapprochement entre les Mathis père et fils…  Dès lors Pierre a mis à ma disposition ses installations il y  a une carrière de dressage et un parcours de maniabilité monté  en permanence et j'ai commencé à aller régulièrement chez lui  tous les dimanches  matin. On déjeune ensemble et je coache sa petite fille Julia. Julia est une meneuse d'avenir avec un caractère bien trempé. On découvre chez Julia beaucoup de bonnes dispositions pour la compétition.

 Bref, Pierre c'est un mec comme ça ! mais tu le sais bien !

          Marion Vignaud s’est également bien investi avec Julia. Elles ont fait ensemble le concours de Bühl avec beaucoup de complicité. C'était vraiment sympa ça fait un peu grande sœur protectrice. Elle a fait ça un peu aussi au Haras du Pin en mettant Julia sur la voiture lors des détentes.

          En 2017 je suis donc allé en Allemagne chez Albert HESSLING ou l'on peut trouver de bons chevaux. J'ai donné mes critères de choix. Ils se sont d'abord renseignés sur moi, il savait tout de mes compétitions avant de me proposer un cheval quelques semaines plus tard. La jument que j'ai choisie, Darka une jument Westphalienne est une fille de Florestan, elle sort d'une écurie de Dressage. Dans le Dressage ils n'aiment pas trop les juments... »

Darka,  premier concours en 2019

          DM: « aujourd'hui la jument a 7 ans, et je découvre son potentiel. Le dressage a été un peu moins bon au Pin qu'à Bühl mais rien d'inquiétant, il faut adapter et trouver le bon protocole de détente. »

      

Souplesse des épaules, innée ou acquise ?

photos Pixel Visuel

 

          Passionnante cette conversation avec Didier,  la suite je ne vous la raconte pas, un long échange de vues sur le travail du cheval, du dressage et du dressage du cheval d'attelage. Nous avons  passé et repassé ses reprises de dressage et confronté nos observations...

          Rendez vous au Championnat du Monde en 2022 !

          ©  JCG/attelage.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  Commentaires
-Bravo par JUJU (13/08/2020 10:58:06)
Belle et intéressante rencontre.
-oui par JeanClaudeGrognet (13/08/2020 12:22:21)
L'Alsace a été et est restée une terre vivante de l'attelage. Pierre Jung fédère autour de lui les meneurs, l'entraide est observable dans cette région.