Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 10/04/2019 07:30:58
Rubrique : Interviews, lu 665 fois. Un commentaire
Partager

CARINE POENTIS et les leçons du Raid des Gazelles


 

 

 

" Au Maroc, les gazelles sont des reines. Nous avons été reçues au haras royal de Bouznika sur la route du retour. Inoubliable."

           

Dès son retour, attelage.org a voulu savoir quels étaient pour Carine, les bénéfices de son aventure Marocaine, en réponse à  son objectif de la saison, le Championnat du Monde des poneys qui aura lieu à Aszar Kisber en Hongrie au mois de septembre.

         a.o: comment se passe ton retour à la vie toulousaine ?

         C.P: « j'avais très envie de revenir, de revenir aux affaires et de retrouver les poneys. La saison arrive et il faut vite se remettre au travail. J'ai retrouvé mes affaires en très bon état, la société arrive donc à fonctionner sans moi, c'est donc aussi une bonne nouvelle. Dès samedi j'ai travaillé avec Mischa (Mickaël Freund). De ne pas avoir de transition c'est très bien pour moi. »

         a.o: combien de temps a duré le Raid des Gazelles ?

         C.P: « je suis partie trois semaines de date à date, mais cela fait trois mois que mon emploi du temps est rythmé par la préparation du raid. Il y a eu les stages, et toutes les préparations pour une compétition de trois semaines : voiture, hébergement… Il a fallu apprendre à conduire, à naviguer, bref on est parti de zéro. Je n'avais aucune culture 4X4 . »

          a.o: peux-tu nous rappeler les objectifs de cette participation ?

         C.P: « voilà bientôt 2 ans que je travaille avec un préparateur mental, après une longue période précédente de 10 années, où je m' était refusée d'aborder cette question. Il se trouve que j'ai rencontré la bonne personne, Maxime Châtaignier, qui a mis en place un écosystème de toutes mes activités qu'elles soient professionnelles, sportives ou personnelles. L'idée est de vivre avec toutes ces facettes très différentes sans les cloisonner, mais au contraire en les faisant vivre ensemble. Il essaie ainsi de me faire grandir à travers des socles indispensables comme la gestion de l'émotion, de l'énergie, et de l'estime de soi. C'est sur ce dernier point que l'effort s'est particulièrement concentré. Alors, comment « oxygéner » et booster cette partie là ? Il a fallu élargir la palette de mes centres d'intérêts. L'événement du Rallye des Gazelles en a été l'opportunité. »

            a.o : c'est donc des épreuves différentes quotidiennes difficiles durant trois semaines, ainsi que des situations particulières à surmonter qui ont été les leviers de la prise de conscience en soi ?

         C.P: « exactement ! l'idée était de sortir de la zone de confort à travers ce qui a été une vraie course et une vraie compétition. Nous avons eu beaucoup de soucis, soucis d'équipage en interne par exemple. Ma coéquipière a été très déstabilisée par l'ambiance « course et performance », elle était au début très stressée ce qui lui faisait commettre beaucoup d'erreurs de navigation. J'ai du faire preuve de stratégie de psychologie pour la faire revenir dans la course. On a beaucoup communiqué et nous sommes sortis de ces problèmes. Voilà un exemple de situation qui fait grandir. Sans la préparation mentale j'aurais certainement « explosé », car auparavant je n'étais pas en capacité de réagir dans le bon sens. »

         a.o : avez-vous eu peur pendant ce rallye ?

         C.P: « au moment des grosses dunes, j'ai fait un choix audacieux en choisissant le parcours le plus difficile. J'avais fait  une bonne préparation avec un pilote de rallye  avec lequel j'ai acquis un peu de technique... Oui on s'est lancées dans le vide sur un parcours normalement réservé aux experts. »

         a.o: explique nous comment on passe une dune !

         C.P : « comme en attelage, il faut franchir la butte de front, et au sommet il faut être capable de gérer sa vitesse et son adhérence. Il faut ne pas rester tanké (posé) et savoir gérer la vitesse de façon à ne pas basculer et faire un tonneau en sautant la dune. L'idée est d'épouser le sol. »

 

" La conduite sur sable, c’est juste magique, mais il faut savoir poser sa voiture et aller reconnaitre le terrain !"

 

         a.o : c'est donc une affaire de sensations, comme les sensations sur un attelage en haut d'une butte ou bien au bout d'une trajectoire ?

         C.P : « tout à fait, c'est exactement ça, c'est une gestion de la vitesse de l'adhérence. Aller au plus vite dans la sécurité. Un moment au cœur des dunes, on y a passé 12 heures par jour, je me suis dit que l'on était dans un endroit magnifique mais hostile, et que mon objectif de l'année c'était le Championnat du Monde, et pas de Rallye des Gazelles ! Savoir aussi ne pas aller trop loin. Ces situations sur le plan de la confiance c'est un apport énorme. »

         a.o : Trois semaines de vie commune, de promiscuité, de vie en bivouac on conçoit que cela puisse amener des tensions.. Cela a-t-il été le cas ?

         C.P: « oui bien sûr cela peut facilement s'imaginer, mais chez nous il n'y a pas eu de tels problèmes, nous avions anticipé ces possibles situations avec notre préparateur mental. Il avait auparavant rencontré Sophie, afin de savoir nous étions « compatibles » a créer une équipe pour affronter cet événement. Il y a beaucoup d'équipages qui ont « explosé », les organisateurs étaient aussi là pour apaiser les tensions.»

 

Bivouac

 

         a.o : Pas de difficultés d'ordre mécanique par exemple ?

         C.P : « nous avions extrêmement bien préparé  le matériel, tout comme on le fait avant un concours d'attelage. J'avais probablement l'une des meilleures voitures du rallye. C'est un professionnalisme que l'on a acquis dans le sport de haut niveau: avoir du matériel prêt et de bonne qualité. Nous n'avons rien eu à gérer de ce côté-là. Une journée de compétition a été annulée en raison de fortes pluies, ce qui arrive aussi dans le désert. Les oueds étaient en crue et c'était dangereux. Cette journée « off » il a fallu aussi la gérer, ne pas se déconcentrer ni se relaxer exagérément. » 

         a.o : on comprend mieux l'intérêt de cette participation au Rallye des Gazelle, et ce que cela peut rapporter sur le plan sportif.  Vas tu renouveler l'opération l'année prochaine ou bien vas tu chercher une autre aventure en 2020 ?

         C.P :  « d'autres aventures il y en aura, c'est sûr,  c'est indispensable pour moi. Je n'aime pas le vide et je n'aime pas être focalisé sur un projet. Même le prochain Championnat du Monde n'est qu'une étape dans un projet de vie. J'ai découvert que l'on peut se construire avec plusieurs évènements. J'envisage la participation à un autre rallye, un rallye avec plus de vitesse. »  

         a.o : Un grand raid avec un traineau à chien ne te tente pas ?

         C.P: « ça me plairait énormément! La relation animale me plait plus que tout. Cette absence de relation avec un animal, m'a fait revenir vers mes poneys avec un immense plaisir. Je fais confiance à Maxime pour me trouver de bonnes idées pour la suite. J'envisage de faire participer ma société à un Challenge, c'est incroyable comme tout le personnel a suivi les étapes des Gazelles. Pourquoi ne pas non plus, proposer à la FFE d'organiser des challenges pour les équipes de France ? Il y a tout un tas de courses qui existent. Parmi les 160 équipages des Gazelles, j'ai fait de belles rencontres, il y aura des fans au prochain Championnat ! Il y a notre performance individuelle, elle se place au milieu de la performance collective, car tous les équipages sont arrivés à Essaouira. »

"Le dernier soir dans les dunes. C’est moi qui est le bandeau dans les cheveux, et à ma gauche Sophie Tapie, la fille de Bernard. Une personnalité incroyable, passionnée de chevaux, tout comme sa co-équipière Kiera Chaplin, petite fille de Charlie Chaplin. Nous avons passé des moments exceptionnels ensemble. Je ne manquerai pas de suivre Sophie avec son cheval M&M’s en classique et elle notre attelage !"

"Le retour au bureau …un accueil incroyable. Nos collaborateurs nous ont suivi du matin au soir. Ils savaient tout et ils étaient extrêmement friands qu’on leur explique tout !"

        

         a.o : Parlons tout de même de la performance. L'objectif était de terminer dans les 10 premiers et vous terminez 9 ème.

         C.P : « oui est on a perdu du temps sur les 2 premières étapes! en remettant de la cohésion dans l'équipe on est bien remonté jour après jour, en faisant même 2 podiums sur les étapes les plus difficiles du circuit  »

         a.o : As tu des messages durant le rallye ?

         CP: « oui nous avons été extrêmement suivies. J'ai eu des messages de Quentin et de meneurs comme Jean Frédéric Selle. On lisait nos messages le soir au bivouac, j'avais des messages de partout.... notre boite explosait ! C'est très chouette car on est très isolées,  sur ce genre de compétition, nous n'avons pas le droit de communiquer. Un grand merci à tous ceux qui nous ont suivies et à attelage.org qui a donné de la visibilité à notre aventure. »

         a.o : prochaines compétitions ?

         C.P : " Sélestat et ensuite 5 compétitions et cinq pays dont ...BORNEM (Bel), ALTENFELDEN (Aut), SCHILDAU (Ger), un rassemblement avec les attelages allemands sur un national.... »  

         a.o : Merci pour cet interview que je trouve révélateur de nombreux messages que tu transmets à l'ensemble de la discipline.

 

 

Mon frère et moi. Nous sommes maintenant tous les deux à la tête de notre société familiale. Ce rallye a vraiment ancré notre relation. C’est lui le passionné de 4X4 et il est mon plus grand fan ! Celle qui nous as fait rêver est aux couleurs de l'Equipe de France !

 

© JCG

 


  Commentaires
-Bravo par Jonkeer (10/04/2019 16:00:59)
Bravo pour cette belle aventure et remise en question ... rendez vous pour d'autres challenges.., seul on est pas grand chose c'est en équipe qu'on avances en alliant les forces et les faiblesses des uns et des autres.