Article proposé par Toto, paru le 05/12/2016 10:23:45
Rubrique : Coup de coeur, lu 1247 fois. Pas de commentaires
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DERBY, une semi retraite heureuse


 

29/11/2016

                                       

                  

 

 

Derby ici en volée gauche

 

                                                                                             

Derby est né en 1991. Sa carrière sportive a duré 18 saisons, de 1995 à 2012 : entre autres, il a ainsi pris le départ de 84 marathons, et les parcours des années 1990 dépassaient souvent les 20 km. Il n’a cependant pas atteint les records de Ramsès (100 marathons de 1990 à 2007, c’est-à-dire en 18 ans également) ni de Gavroche (91 marathons depuis 1999, toujours en activité) et, n’étant pas très véloce, n’a jamais particulièrement brillé ; en 2012, il a fait son dernier marathon à Compiègne, puis le dressage et la maniabilité à Conty, où il a contribué au titre de Champion de France en team. Depuis, comme cela l’ennuie de rester toujours dans ses prés, nous le faisons encore travailler de temps en temps (surtout en volée d’arbalète), et le sortons une fois par an, en Tradition (avec le routier de 15 km, en milieu de bicorne) ou en Amateur 2.

 

En 2003, il avait écrit son ‘autoportrait’: j’ai dû l’aider pour la partie rédactionnelle du document, mais tous les témoins affirment que j’ai bien retranscrit les pensées profondes de cet animal :

 

                                                  Autoportrait                                     04/01/2003

                  

Je m’appelle Derby. J’aurais dû normalement vivre en Bretagne, près de la rade de Brest, où mon papa habite toujours: je serais ainsi demeuré relativement proche de la patrie de mes ancêtres, le Dartmoor. Mais, l’hiver précédant ma naissance, ma maman a été vendue et est arrivée au Poney-Club de Nanteuil.

 

C’était pas plus mal comme ça, j’y ai rencontré beaucoup de copains, bien qu’il n’y en ait eu que peu de mon âge quand j’étais petit. J’ai donc passé les premières années de mon existence à grandir à Nanteuil, tranquillement à l’abri des tempêtes de l’Atlantique, en faisant ce que je voulais, c’est-à-dire pas grand chose.

 

Il paraît qu’on m’avait choisi (à cause de mes ‘origines’: mais je ne sais pas ce que cela veut dire) pour être papa de poneys: je suis donc le papa de Gibus et Gribouille. Puis on a décidé que je n’étais pas assez beau (pourtant, je me trouve très bien de ma personne, bien dodu et tout . . .) et que je devrai travailler au poney-club. Cela ne me dérangeait pas beaucoup de ne plus être papa, mais j’ai détesté l’idée d’avoir à travailler.

 

J’ai donc pris une résolution inébranlable: moins j’en ferai, mieux cela sera pour tout le monde. Certains ont essayé de m’expliquer que cela ne leur convenait pas: ils ont même crié et m’ont tapé dessus mais, comme ce n’était pas fatiguant (pour moi), ils se sont fatigués avant moi.

 

 Derby en concours: relaxation avant la première épreuve

Les jours d’ouverture du poney-club, je suis donc ‘au travail’: on me met un licol, on m’attache au paddock et, chaque fois que j’en ai assez, j’enlève mon licol et je pars me promener; il faut dire que les cavaliers du poney-club ne savent pas bien attacher un licol et que, moi, je me suis exercé, et maintenant je sais très bien en enlever un. Ensuite on me met un filet, une selle et un cavalier et, avec ce chargement, je dois marcher et courir comme mes camarades. Cette activité a parfois énervé certains copains, qui se sont mis à faire du zèle avec force ruades: moi, je préfère m’économiser, et il paraît même que certains cavaliers (pas tous) m’aiment précisément pour cela. A la fin du travail, j’enlève mon filet tout seul: les cavaliers apprécient souvent, car ils ne savent pas toujours très bien quelle boucle on doit détacher.

 

On m’a fait faire aussi d’autres exercices qu’on appelle ‘attelage’. Au début, c’était bien, on me tirait derrière une charrette qui faisait beaucoup de bruit. Mais un jour, on m’a mis devant, avec un copain, et je n’ai compris que longtemps plus tard que c’était moi qui devait tirer cette charrette.

 

J’ai adopté ma philosophie habituelle, j’ai laissé le copain tirer et, pendant un certain temps, cela s’est très bien passé. Puis, un autre jour, les occupants de la charrette se sont mis à pousser des cris atroces, qui m’ont donné pour la première fois de ma vie la chair de poule, et j’ai dû depuis me résoudre à tirer ces charrettes, sinon ils recommencent. Cela me donne de temps en temps l’occasion d’aller me promener en camionnette pour faire des concours, toujours avec les copains, et à chaque fois on a droit à de plantureux festins.

 

Je donne toujours un avis très franc concernant les parcours que l’on dresse à mon intention dans ces concours d’attelage. Les épreuves de Dressage, où on doit faire de la danse classique sans même une jument dans l’attelage, m’ennuient profondément et je le montre bien: je ne suis absolument pas animé de ce désir absurde de se porter en avant que certains nomment 'impulsion'.

 

 

Dressage à Compiègne

 

J'apprécie cependant les immobilités, où j'excelle, mais cela ne sert à rien car il y a toujours un des copains qui gigote. J’aime beaucoup la Maniabilité, surtout à deux avec un copain: j’en ai gagné souvent, même au Championnat de France.

 

 

Lignières

 

 

Conty

 

Mes sentiments à l’égard des Marathons sont plus inégaux: quand il fait chaud, j’aime bien entrer dans les gués et m’y arrêter pour boire un coup; mais les occupants des charrettes ne sont pas du même avis et je dois parfois transiger, par exemple en buvant au pas, ou même au trot. Et dans les côtes, quand trois copains tirent la lourde charrette d’attelage à 4, j’en profite souvent pour me reposer un peu mais, là encore, les meneurs ne sont pas toujours d’accord, et il leur arrive de pousser leur cri glaçant.

 

 

Derby en volée droite à Compiègne

 

 

Enfin, mon calme inébranlable à l’attelage m’a fait désigner pour la mission glorieuse entre toutes qui consiste à promener chaque année le Père Noël dans les rues de Nanteuil, pour la plus grande joie des petits . . .

 

N.D.L.R : Les cavaliers désireux d’apprendre les cris qui font avancer Derby sont invités aux séances de vocalises organisées par l’équipe d’attelage chaque Dimanche matin à 9h.

 

Sa propension à boire dans les gués des marathons a été proverbiale et était préméditée, car il refusait obstinément les boissons qu’on lui proposait à la halte. S’étant toujours économisé, il profite maintenant pleinement de son 3ème âge. Quant à nous, nous avons perfectionné notre cri et l’utilisons maintenant systématiquement en marathon, avec tous les poneys.

 

Derby a toujours vécu au pré. En 2003, il a tenté un combat singulier contre le Fjord qui tenait alors le poste de ‘chef de troupeau’ : il a échoué, ce qui lui a permis cette année-là d’éviter le concours d’Évreux, pour cause de convalescence ; mais, en 2007, il a finalement réussi, en battant Oslo qui avait lui-même entretemps battu le Fjord : il règne depuis sur ses camarades, mais se comporte en chef débonnaire, laissant même les autres manger dans sa gamelle (au contraire d’Oslo, sous-chef féroce, qui ne manque pas une occasion de brimer ses inférieurs).

 

Il tient à montrer qu’il tient encore bien la forme : c’est ainsi qu’au concours de Tradition du Haras du Pin, en 2015 (à 24 ans), où la présentation avait lieu sur le perron du château, il a tenu à se cabrer de toute sa hauteur, impressionnant le Président du Jury qui l’a qualifié de ‘jeune homme’.

 

 

Le photographe n'était pas au Haras du Pin ici Tornado exécutant la même figure

 

Derby en concours de Tradition. Ici au milieu du bicorne

 

Emmanuel VANTROYS

 

 

 


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