Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 22/11/2016 08:34:03
Rubrique : Coup de coeur, lu 1242 fois. 3 commentaires
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Bag pipe et chapeau melon ( Jean Pierre Boucan)


 

 

 

        Qui n’a pas vu Jean-Pierre Boucan faire une entrée solennelle un soir de gala lors d’un championnat d’attelage, ignore la griserie de ces instants qui suivent le marathon et qui précèdent la maniabilité du lendemain, là où tous les espoirs sont encore permis.

    L’ambiance est fébrile, électrique, surchauffée.

    Exalté, on y est encore.

    Déçu, on va se rattraper. On en parle en tout cas.

    On ne parle même que de ça.

 

        Quand vient l’heure du dessert, un son à vous faire dresser les cheveux sur la tête surgit de nulle part.

 

    S’avance alors, d’un pas majestueux, Jean-Pierre, inimitable de sérieux, le kilt  battant le mollet, la poche du bag pipe coincée sous le bras gauche et les bourdons enrubannés fièrement déployés au-dessus de la tête.

   

    Une nuit sans lune, du haut d’une tour, il est probable que tous les fantômes d’Écosse s’enfuiraient en hurlant…

    Là, nous sommes béats, nous en redemandons.

   

    Jean-Pierre nous joue alors « Scotland the brave » puis, après nous avoir expliqué qu’il n’est ni écossais ni breton, enchaîne avec la « Paimpolaise » que nous reprenons tous en chœur derrière notre Joseph qui la chante si bien.

    Joseph Lévêque, comme chacun le sait, est breton.

 

    Ces moments-là font à jamais partie de l’attelage en France, et c’est un privilège de les avoir partagés.

    Quand Jean-Pierre, imperturbable, cesse de jouer, c’est pour se féliciter qu’il n’y ait pas eu de vent…

    Ne lui demandez pas pourquoi… il ne répondra pas.

 

    Mais la soirée n’est pas finie car il revient avec sa trompe et là, c’est le délire.

    Quelques meneurs sonnent aussi qui ne partiraient pas en concours sans leur instrument favori.

   

    Les voilà tous autour de lui, ressuscitant les chasses d’antan.

    Par courtoisie, ils sonnent « La calèche des dames », puis selon son humeur, « le sanglier » ou « La Rochefoucauld », fanfare de circonstance de Maître, ou bien encore « la Saint Hubert » pour terminer.

   

    Parfois Jean-Pierre veut bien nous expliquer.

    Il sonne alors « Le roi Dagobert » comme nous le ferions peut-être si nous étions capables de sortir un son de ce fichu instrument, c'est-à-dire, fort mal…

    Puis il recommence, façon vénerie.

    Ça n’a vraiment plus rien à voir.

    Ça vous a de la gueule tout d’un coup.

    Ça vous met des frissons dans le dos.

 

    Le lendemain Jean-Pierre est de retour dans la tribune, avec Montecristi ou chapeau melon, selon la saison, toujours à l’affût d’un bon mot, d’une contrepèterie.

    Le concurrent lui, ne rigole plus, car s’il se trompe, s’il faut sonner, Jean-Pierre se hâtera avec lenteur, mais il sonnera ([1]).

 

ndlr: Extrait de " Sous le regard des chevaux " de Julie Wasselin publié à l'Harmattan. 

 

 

Jean Pierre Boucan



[1]) En cas d'erreur, le président du jury prévient le concurrent à l'aide d'une cloche.


  Commentaires
-Duo de trompes par Toto (22/11/2016 18:06:43)
Dans un certain Championnat, Jean-Pierre a retrouvé son ami Félix au jury et ils ont décidé d'offrir aux meneurs un duo de trompes à la remise des prix.
Ils se sont exercés ensemble avant: ils ont failli être obligés de changer d'hotel !
-les sonneurs par Jazzpote (23/11/2016 10:45:49)
ce serait original si, quand un concurrent se trompe, il entendait une sonnerie de cor au lieu de la sonnette !!! c'est juste pour rire
-Oui par JeanClaudeGrognet (23/11/2016 11:20:22)
Comme au rugby, à chaque concours son clape de fin !