Article proposé par Redaction, paru le 11/09/2016 09:31:31
Rubrique : Reportages, lu 1646 fois. Pas de commentaires
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BREDA :CHARDON vs EXELL, le bûcheron et la dentellière


 

         Confidences - Lundi matin, en prenant mon petit déjeuner à l’hôtel, je feuilletais la presse locale, le quotidien BN DeStem, espérant y trouver un article qui parlerait du championnat du monde d’attelage à 4 s’étant déroulé à Bréda et qui venait de consacrer, pour la dixième fois, l’équipe néerlandaise championne du monde.

         Quelle ne fut pas ma surprise quand je tombai sur deux articles modérément enthousiastes dont, en particulier, un paragraphe qui suscita cette réflexion éthique : le sportif, comme toute personne que ses exploits font briller et rendent exemplaire aux yeux du public, ne se doit-il pas d’acquérir un petit supplément d’âme, de s’obliger à un comportement qui ait une valeur éducative, pédagogique, modèle ?

         L’humeur de ces articles m’incite à penser que les Hollandais ne sont pas comblés par cette victoire. Sans doute y sont-ils trop familiarisés ? Non... S’il y a une nation qui a la réputation de concourir pour gagner coûte que coûte et pas seulement pour participer, c’est bien elle. Cette victoire viendrait-elle grossir à la loupe ce qu’ils considèrent comme un échec cuisant, voire une humiliation ? Celui qu’ils attendaient comme le Messie, Ijsbrand Chardon, est maintenu à une distance respectable par l’invincible Boyd Exell. Ils se sentent nargués et trahis… mais par qui, au juste ?

         J’avais bien ressenti, dans la salle de presse, que mon admiration pour le Dieu de l’attelage jetait un léger froid dans nos échanges. Mais qu’importe ! Je suis une esthète et Chardon est loin du compte ! Pas techniquement bien sûr puisqu’il n’a vraisemblablement pas volé son 36,87 en dressage jeudi ! Je n’aurais pas l’outrecuidance de minimiser le talent du quadruple champion du monde (1988, 1992, 2002, 2008)… mais que dire de ses manières ? Je vous traduis un paragraphe de l’article consacré à la guerre mentale, au combat de catch, que le hollandais inflige à notre héros.

         « Hier, à l’épreuve de maniabilité, Chardon revenait très fort et repoussait son compatriote Koos de Ronde à la 2ème place. La star de la finale était, sans conteste, de nouveau Boyd Exell qui a remporté les trois épreuves. L’Australien se distingue nettement sur le terrain avec son attelage. Cependant, il ne le crie pas sur tous les toits.
A la question de savoir si les provocations verbales de Chardon l’ont rendu nerveux, Exell rit et répond : ‘Je savais que ici, à Bréda, Ijsbrand voudrait encore une fois frapper fort pour essayer de me battre. Qu’il le fasse de manière belliqueuse et conduise une sorte de guerre mentale me rend simplement plus fort. Au début, j’ai été surpris, je me demandais de quoi il s’agissait. Mais, à présent, je connais ses comportements d’intimidation, juste avant l’épreuve, tels que s’approcher tellement près qu’il vient frôler mon attelage sur la carrière de détente juste avant la compétition. Que puis-je faire d’autre que d’en rire ?’
Malgré l’avance de points importante à l’issue du marathon, Boyd Exell ne s’est pas perçu comme le grand gagnant. ‘Je ne suis jamais satisfait avant d’avoir terminé le concours. Je suis conscient que, jusqu’au dernier moment, tout peut mal tourner.’ » (BN DeStem lundi 5 septembre 2016 pages 17 à 19)

Edifiant ce passage, n’est-ce pas ?

         Qu’enseigne-t-on dans nos clubs en même temps que les disciplines équestres ? Le respect ! Le respect du cheval, des autres, de soi-même. Le goût de l’effort, la répétition incessante des exercices qui forcent le talent si celui-ci n’a pas été donné à la naissance, rester fair-play en toutes circonstances et que le meilleur gagne ! Le meilleur, pas le plus fort ! C’est l’Art qui doit s’imposer.

 Le comportement d’I. Chardon à la conférence de presse du vendredi soir avait montré un personnage désagréable vis à vis de l'entourage. Je ne comprenais pas bien pourquoi il jouait des coudes et s’agaçait tout seul avec force gutturales vocalises, son compatriote Koos de Ronde restant, quant à lui, parfaitement calme.

         Le quadruple champion avait même refusé de s’exprimer en anglais, alors qu'il parle parfaitement la langue, contrairement à ce que j'avais cru de prime abord. " On est en Hollande, j'aime mon pays et il n'y a pas de raison de parler une autre langue." Soit ! Merci pour les journalistes qui ne parlent pas le néerlandais. Ma foi, nous ferons preuve d’ingéniosité pour trouver les réponses à nos questions.

         Sur les obstacles du marathon, le hollandais avait eu une attitude par trop vindicative et hargneuse sur ses chevaux. A trop vouloir gagner, on perd. Pour gagner il faut être heureux, serein, et joueur dans la compétition! Ceux qui ont approché Boyd Exell lors d'un stage,  savent qu'il joue et qu'il parie avec les uns et les autres sur tout ce qui se présente. C'est pour lui une manière de rester dans le jeu, il est comme cela tout le temps, il en fait un état  permanent,  le jeu, la joie, le plaisir .... des instruments qui mènent à la victoire.  

          Qu’attendons-nous, nous qui sommes parents, spectateurs, journalistes ? Une attitude exemplaire de nos champions. Qu'ils se le disent, on veut pouvoir admirer tout autant leurs victoires que la manière dont ils se comportent.

         Les sportifs ou les artistes  que l'on interroge se rendent  normalement disponibles, sans chercher à inférioriser leurs interlocuteurs ni leurs adversaires,  même dans les situations d'échec : à la sortie d'un court de tennis, d'un tatami, d'une carrière de dressage, ou à l'arrivée d'un marathon. Il y a, dans cette situation, différents comportements : celui qu’incarne à la perfection  Boyd Exell toujours affable, poli, grand professionnel pour tout dire, et celui d'autres, arrogants, narquois ou humiliants. De la même manière il y a ceux qui oublient leurs sponsors, les propriétaires sans lesquels ils ne seraient rien, ceux qui demandent trop à leurs chevaux, ceux qui abandonnent la compétition, ceux qui fouettent ou ceux qui encouragent.

         Le champion, ou celui qui l’est potentiellement, est admiré par un public, souvent jeune, qui ne souhaite pas autre chose que ressembler en tout point à son idole. Alors, mesdames et messieurs les sportifs, saluez, souriez, répondez avec gentillesse, ne faites ni perdre de temps ni faillir, que vous soyez vainqueur ou vaincu, vous ne demeurerez un héros statufiable qu’à la condition d’avoir des qualités humaines enviables.

         La fin d'une carrière sportive est parfois difficile.

©  Héliosness / Jean Claude Grognet

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