Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 17/08/2016 07:44:42
Rubrique : Interviews, lu 1874 fois. Un commentaire
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PIBER: RENAUD VINCK fait le bilan de son Championnat


 

                Une semaine après le retour de Piber j'ai demandé à Renaud Vinck son  ressenti sur le Championnat du Monde.

         RV: " tout d'abord je voudrais saluer l'esprit d'équipe durant ce championnat qui a été très bon et c'est la meilleure ambiance de championnat que j'ai vécue depuis 1998. Le staff dans son ensemble a été excellent. Jean-Pierre Brisou le chef d'équipe a toujours été disponible pour les cinq meneurs, Félix Brasseur à trouvé la bonne distance entre lui et les entraîneurs privés. Le travail a particulièrement été très complémentaire entre Félix et Sébastien Goyheneix mon coach de l'IFCE. Virginie Coudry la vétérinaire fédérale a fait son travail dans l'efficacité et la discrétion. Concernant ma propre équipe je n'avais aucune inquiétude sur son engagement et sur la continuité d'un bon climat que l'on a toujours eu sur les autres concours.

         Pour le dressage je suis plutôt satisfait avec ma note de 50. Se trouver dans les cinq premiers deux ans après le dernier championnat du monde c'est déjà une bonne performance difficile à réaliser. Il y a encore du travail et particulièrement sur le rassembler que Don Camillo a du mal à tenir. Le meilleur Wilbrord van den Broeck est à 45 avant son élimination pour saignement. Il a fait une très belle reprise. Je pense que nous avons les moyens d'atteindre ce niveau, le cheval en est capable, cela passe par une révision partielle de notre travail pour les deux années qui viennent.

         En marathon je pense que les progrès sont plus limités. Certes il est toujours possible de gagner encore des secondes, mais Don Camillo n'aura jamais la réactivité du cheval de Jean Michel Olive. L'important sur cette épreuve pour nous c'est de céder le minimum de points, en gros c'est  être en mesure de se placer dans les 10 meilleurs.

         La maniabilité me laisse évidemment un goût amer. Je suis passé à côté de cette épreuve, et il y a beaucoup de remise en question sur notre préparation et le travail du cheval. Cela rejoint nos progrès possibles sur le dressage. Aujourd'hui nous n'avons pas su concrétiser à l'attelage ce que Don Camillo est capable de faire dans le travail de rassembler sous la selle fait par Sébastien.

         Nous n'avons pas dans le travail dans la voiture poussé assez loin les exercices conduisant à ce rassembler. Il va bien falloir, même si le mot peut paraître dur, "contraindre" Don Camillo pour traverser ce mur virtuel qui conduit à l'amélioration de la performance tant au dressage qu'à la maniabilité. Si nous n'avons pas aujourd'hui traversé ce mur c'est de ma faute, j'ai toujours cherché à contourner et  à éviter "les conflits". J'en conviens aujourd'hui, il faut aller chercher ce rassembler, progressivement  bien sûr et faire accepter à Don Camillo la tension de son dos sans laquelle les difficultés techniques d'une maniabilité d'aujourd'hui sont difficilement réalisables.

         J'ai perdu de ma concentration sur le début de la maniabilité, lorsque dans le tournant à gauche avant de passer la première porte j'ai aperçu de la salive rougie sortant de la bouche du cheval. L'image de l'élimination du dressage de Van den Broek pour cette même raison m'a  naturellement traversée l'esprit et m'a perturbé.

         A la sortie le steward m'a  logé dans le holding box en attendant le vétérinaire. Ce dernier a constaté que Don Camillo s'était mordu le bout de la langue. Je n'ai pas été éliminé parce qu'il ne s'agissait pas d'une blessure aux gencives. En Dressage monté j'aurais été sorti illico. Sur le parcours j'ai dû aussi faire deux options longues pour passer des portes, toujours en raison des problèmes de rassembler dans les virages. Les coups d'accélérateur de Don Camillo pour s'y soustraire sont dévastateur, et l'amplitude de sa locomotion font que les portes arrivent très très vite. Sans cette possibilité de revenir très vite de bases longues à des bases courtes, il faut s'en tenir à la chance pour réaliser un sans faute. Je suis très meurtri de ces contre-performances sur la maniabilité, mais encore une fois nous recueillons les lacunes de notre travail.

         Ces contre-performances finissent par me hanter, et il faut que je me débarrasse de ça. On interprète à l'extérieur ces contre-performances par des problèmes de stress ou de pression face à l'événement, mais je sais qu'il n'en est rien. J'étais très décontracté et serein avant cette maniabilité. C'est essentiellement une question de préparation du cheval et une révision de fond de notre méthode d'entraînement sur cette maniabilité. Cet hiver avec Félix et Sébastien nous nous rencontrerons à Lamotte-Beuvron pour un travail méthodique et concerté entre le cavalier, l'entraîneur, le cheval et son pilote.

         Notre préparation pêche également sur le choix de nos concours. Inutile de participer plus que nécessaire à des concours "intermédiaires" même en Hollande. Il faut rencontrer les Allemands chez eux, et si possible les battre ou tout au moins finir par les battre. On ne peut pas les battre dans un Championnat du Monde si déjà on ne les a pas battus chez eux. A Piber on a vu qu'ils avaient une longueur d'avance sur tous les autres pays. L'année prochaine je ne ferai qu'un ou deux gros concours, inutile d'en faire plus, Drebkau est sur ma liste. Et puis, pour avoir interrogé allemands et suisses ils abordent la préparation autrement que nous. De la maniabilité technique ils en mangent jusqu'à l'indigestion pendant les 4/5 jours qui précèdent les grosses épreuves. C'est bon pour le dressage, pour le marathon et la maniabilité !

         Je vais me ressaisir et toute l'équipe également. On se remet immédiatement au travail. A l'exemple de cette grande championne, Charlotte Dujardin qui fait une contre performance dans le Grand Prix, s'en explique et fait son autocritique. Deux jours plus tard elle affiche un 94 % sur la RLM. C'est un bon exemple, c'est mieux que des pleurnicheries et des regrets. Je suis très heureux de ces J.O et des performances françaises, et plus particulièrement de l'équipe de France de complet qui a montré un beau travail et un bel esprit d'équipe.

         Je promets aussi à Jean-Claude, qui fait par ailleurs des analyses techniques souvent justes, de solliciter ma hiérarchie afin qu'elle m'autorise à porter le képi plutôt que le casque sur l'épreuve de dressage ! Maintenant j'ai un bon argument, le cavalier IFCE de complet n'a pas de casque au dressage mais un demi haut de forme."

Interview JCG

        

 


  Commentaires
-5 ans plus tard par JeanClaudeGrognet (05/06/2021 14:30:32)
Je relis avec plaisir cette interview. Analyse lucide, technique et sans concession.