Article proposé par Renata, paru le 16/02/2014 17:23:25
Rubrique : Culture générale, lu 3052 fois. Un commentaire
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Le mystère de la chambre noire


 

 

 

The artist's van
Photograph by Roger Fenton (1819–1869) 1855 – digital ID cph.3g09240 from the United States
Library of Congress’s Prints and Photographs

 

 

Le reportage de guerre moderne ne date pas du 20ème siècle.

Dès l’invention de la photographie, des hommes assez fous sont allés sur les champs de bataille pour rendre compte des événements.

La technique débutante de photo sur plaques de verre (préparation des plaques et développement) nécessite de les traiter rapidement. Il faut donc suivre les mouvements de troupes avec un laboratoire, tracté par un ou deux chevaux.

 

La première chambre noire roulante a été utilisée durant la guerre de Crimée.

Le britannique Robert Fenton (formé à la photo à Paris) photographie son assistant et conducteur, Marcus Sparling, sur le prototype novateur, et encombrant dans un tel endroit.

Ce sont les premiers correspondants de guerre.

350 plaques relatent « la vallée de l’ombre de la mort ». Fenton évite de photographier les blessés, les mutilés et les morts (par compassion ou par obligation politique ?) .

Les temps de pose longs ne permettent pas encore de capturer le mouvement, les photos représentent des paysages, des vues de campements, des groupes d’hommes statiques, des portraits.

 

    

         Vue du plateau de Sébastopol

 

 

Train d’artillerie

 

 

Lieutenant Yates du 11ème Hussard, groom, cheval et chien

 

 

Officiers du 71ème Highlanders (et le même petit chien ?)

 

 

   

Vivandière cantinière portant la tenue du régiment de Zouave et Fenton lui-même dans la tenue de ce régiment

 

Ses photos sur :

 

http://www.allworldwars.com/Crimean-War-Photographs-by-Roger-Fenton-1855.html

 

 

 

 

En 1861, en Amérique (pas encore les Etats-Unis) une compagnie créée par Mathew Brady, dédiée à la documentation de la guerre civile, est agréée par le Président Lincoln.

23 employés travaillent pour la compagnie. 10 000 plaques signées M Brady (mais très peu prises par lui) d’un coût astronomique – il faut imaginer l’intendance – sont développées dans ces photographic vans voyageurs.

 

 

Mathew Brady en 1864 à Petersburg pendant la guerre de cécession

 

 

Les contraintes techniques étant ce qu’elles sont au balbutiement prometteur de la photographie, ses photos montrent les horreurs de cette guerre fratricide : les corps sans vie… Beaucoup trop.

 

 


Les Américains, après s’être « délectés » de ces images morbides, sordides, indignes, prennent conscience de la réalité des ravages épouvantables de la guerre, par le travail des photographes (dont une exposition à New York  "The Dead of Antietam" en 1862).

 

En 1864 le gouvernement américain décline l’achat de son stock de photos.

L’entreprise de Brady fait banqueroute.

 

Les photographes de guerre auront hélas bien des jours sombres devant eux.

 

 

« Floating photographic van on bridge » de G K Proctor

 

 

Si vous avez des lunettes 3D : admirez ce que nos ancêtres avaient inventé très tôt : la stéréoscopie !

 




Nos clichés numériques seront-ils en aussi bon état de conservation dans 160 ans ?

 

 


  Commentaires
-bravo par JACKY (17/02/2014 09:50:30)
Bravo et grand merci pour ce travail toujours très documenté et d'autant plus apprécié par un ancien élève de l'Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, passionné par l'histoire de l'attelage.
Reflechissez bien à la dernire ligne: sujet tabou soigneusement évité par les commerciaux du "tout numerique"... qui oublient les conseils elementaires d'archivage et de moyens de relecture dans le temps...
Cordialement