Article proposé par Tonton, paru le 24/10/2005 17:44:35
Rubrique : L'attelage de Tradition, lu 6984 fois. 4 commentaires
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Le Cabriolet français (1)


 

 

 

le Cabriolet Français   Dr. Paul Doliveux 1ère partie  

 

 

                   Le cabriolet est bien français puisque son nom a été adopté, sans le traduire, dans le monde entier pour un certain type de voitures, en conservant le mot de la langue française qui existe depuis le 18ème  siècle.

 

Au 18ème siècle

                   Comment se passaient les promenades des dames de Versailles sous Louis XIV?

                   Les dames montaient en compagnie dans des énormes chariots dorés qui marchaient au pas, pendant que les messieurs faisaient leurs courtoisies en caracolant leurs airs de dressage enseignés par La Guérinière.

                  

                   La mort de Louis XIV libéra les moeurs et donna l'idée de la promenade avec un attelage léger permettant la compagnie agréable et relativement isolée d'une dame et d'un monsieur.

                   Les selliers-carrossiers sollicités créèrent une chaise à deux roues pour atteler un cheval.

 

 

                   Cette voiture était fort mal suspendue avec les roues en arrière de la chaise et un fort appui des brancards sur le dos du cheval (principe du 3ème levier).

                   La mode fut très vite lancée. La jolie dame pouvait mener elle-même un cheval calme, ou être accompagnée d'un soupirant qui menait avec une main sur les guides et une autre sous le tablier…  

 

 

                   Comme il s'agissait d'une clientèle de personnes de qualité, les carrossiers firent des prouesses pour réaliser la chaise la plus élégante possible. Ils prirent conseil auprès des grands ébénistes de Louis XV et façonnèrent des caisses tarabiscotées à plaisir, ornées de reliefs compliqués et de fleurs en bouquet, peintes et vernies. C’était superbe!

 

                        Pour le confort, le constructeur fit aussi des prouesses avec des coussins de cuir repoussé somptueux, avec une capote en cuir à trois arceaux munie de rideaux, et avec un tablier de cuir piqué ou de tapisserie; la chaise largement ouverte, ainsi garnie, devenait une DECAPOTABLE (convertible).

 

                    Malheureusement le confort de la suspension était détestable à cause du mauvais équilibre de la chaise qui, au trot, sautait comme une chèvre. La chèvre, «Capra» en latin, saute en «Capriole» ou «Cabriole , et c'est ainsi que naquit le mot "CABRIOLET».

 

 

Des essais furent tentés pour améliorer l'équilibre avec un essieu surbaissé ou avec des systèmes compliqués de sangles, sans grand succès. Le cabriolet restait une voiture de promenade pour le parc,au pas, et la promenade au trot dans les chemins risquait de mettre le cabriolet au fossé.

                     ,

 

                   Toutes les grandes collections des pays d'Europe, spécialement la péninsule italienne et la péninsule ibérique, montrent des cabriolets aux formes Rococo. Cette mode fit appeler un de nos fauteuils Louis XV français: le fauteuil Cabriolet. La mode pour les dames avait également préconisé le chapeau-cabriolet (1780). Mais avec la révolution, la chaise-cabriolet va disparaître pour quelque temps.

 

 

Au 19ème siècle

 

                   Le cabriolet réapparaît en force. De 1830 jusqu'à la fin du siècle, on le verra partout en France et à l'étranger. Le style change complètement: il s'agit, comme dans le passé, d'une voiture ouverte à deux roues, avec capote et tablier, relativement luxueuse et plutôt réservée à la bourgeoisie de l'époque. Mais trois éléments vont changer le cabriolet qui ne va plus cabrioler!

 

         1. L'axe des roues est placé sous la caisse, et la voiture tient en équilibre.

         2. Les ressorts d'acier à lames ont fait leur apparition dans l'industrie.

         3. Les tentatives d'allègement sont évidentes et efficaces.

 

 

 

 

1. L'équilibre des voitures à deux roues est la grande nouveauté avec le train sous la caisse .

 

La dossière soutient les brancards avec des bracelets larges et souples, et repose délicatement sur la sellette. De la sorte les oscillations du trot du cheval sont presque complètement amorties et le confort obtenu au trot et même au grand trot est excellent.

         L'équilibre des voitures à deux roues est réglé le plus souvent par le déplacement du siège des occupants vers l'avant ou vers l'arrière par un montage très simple sur deux glissières. Ce sera encore mieux lorsqu'une vis sans fin permettra le déplacement au centimètre près et le blocage du siège dans la position choisie.

         Mais dans le cas du cabriolet, le siège est incorporé à la caisse et n'a aucune possibilité de réglage; c'est donc seulement le déplacement du meneur et de son voisin éventuel vers l'avant ou vers l'arrière sur le siège qui permettra1 d'équilibrer la voiture.

 

 

         La capote du cabriolet vient compliquer l'équilibre parce qu'elle pèse entre 30 et 40 kg, et la voiture correctement équilibrée avec la capote fermée, aura tendance à basculer vers l'arrière lorsque la capote sera baissée.

                   En général, le cabriolet est équilibré par le carrossier avec la capote fermée. Si on décide de décapoter, on descend les bracelets d'un ou deux trous sur la dossière et on se pousse en avant sur le bord du siège; cette position sur la pointe des fesses n'est pas très confortable ni très élégante, il faut l'avouer

 

            2. les ressorts d'acier à lames sont apparus dans l'industrie

 

         Le cabriolet, assez lourd, est équipé presque toujours de 3 ou 4 ressorts de caisse. Les ressorts de suspension du cabriolet exigent plus que les 2 ressorts longitudinaux simples d'une charrette anglaise ou que des pincettes qui sont vulnérables.

         La suspension télégraphe, à deux ressorts longitudinaux et deux ressorts transversaux, est extrêmement souple mais balance beaucoup sur les mauvaises routes. La suspension demi-télégraphe (DENNETT en Angleterre) à deux ressorts longitudinaux et un ressort transversal arrière est la plus fréquemment employée, et peut être associée à un système de ressorts des brancards):

 

         Le plus connu emploie des brancards très longs qui vont jusqu'à l'arrière de la caisse. Un axe d'acier cylindrique est à l'avant de la caisse et s'articule au tiers arrière du brancard; l'extrémité arrière du brancard droit et du brancard gauche est adaptée par une goupille à un grand, large et souple ressort transversal fixé au milieu du bord postérieur de la caisse. Le demi télégraphe donné une grande souplesse à l'ensemble sans osciller abusivement et sans bringuebaler.

 

            3. l'allégement

 

         Il est nécessaire pour donner le confort au cheval d'abord. Il donne aussi du confort à la voiture, plus souple, plus facile à mener à vive allure et moins vulnérable.

 

 

 

L'abandon du châssis, des énormes ressorts en "C» à l'arrière, et de la volumineuse articulation à l'avant entre la caisse et le châssis ont donné le maximum d'allégement, et le cabriolet français de la fin du 19ème siècle n'a plus sa mauvaise réputation de voiture trop lourde qu'elle avait au début du siècle.

 

 

 

 

            le style du cabriolet termina la description de la voiture française. La voiture a plusieurs types de carrosseries.

J'en possède deux. Le cabriolet à cul de singe est bien dans la ligne du siècle précédent; c'est la forme la plus simple qui ne permet de transporter aucun bagage. Ce cabriolet a sillonné toutes les routes de nos campagnes et a servi de taxi dans tous les faubourgs des villes

de France. C'était la voiture préférée du propriétaire paysan et de sa femme

 

 

 

 

Cabriolet à cul de singe de 1887

 

 

 

                   Le cabriolet à caisse (photo 8) permet quelques bagages légers. A la campagne, c'est la voiture préférée du médecin qui pouvait accéder à la caisse par une trappe sous le siège, ce qui lui évitait d'ouvrir la petite porte arrière. Les hommes d'affaires, les notaires, les banquiers de campagne, les agents préfectoraux avaient des cabriolets à caisse.

 

 

Cabriolet de ferme

 

 

                   Le harnais de la voiture est tout simple: toujours un collier, toujours un reculement car beaucoup de cabriolets n'avaient pas de freins, harnais noir. J'attelle mon cabriolet à caisse avec un harnais jaune parce que, à l'origine, le siège est en cuir jaune, le tablier est jaune, le   garde-crotte est jaune et les garnitures en cuir des brancards sont jaunes, ce qui va bien avec une belle caisse en noyer verni, mais je pense que c'est très exceptionnel.

         Le cheval sera rustique à la campagne, plus élégant en ville, mais de toute façon, capable de bien tirer.

 

 

 

 

                        En conclusion, le cabriolet français du siècle dernier est caractérisé par:

                  

                   - une caisse toujours ouverte, à deux personnes.

                   - une capote recouvre toujours la caisse, à 2 compas de préférence.

                   - un tablier protège toujours les occupants

                   - une finition parfaite du siège de la doublure du tablier est la règle, le plus souvent en drap d’Elbeuf de couleur vert très foncé, bleu marine foncé ou grenat foncé

 

 

         Un luxe réel se dégage de l’ensemble, luxe de bon aloi et confortable. On peut aller le matin à Paris, au Bois, Allée des Acacias en cabriolet ! 

 

 

Cabriolets, capote baissée avec le petit groom.  (Crafty, Paris au bois)

 

 

 

Texte et photos Dr Paul Doliveux , in Mémoriam Achenbach 1988


  Commentaires
-le lexique des voitures MerciTonton ! par Arba (25/10/2005 12:28:49)
quelle excedllente idée de reprendre le lexique des voitures d'Achenbach! Celà permet de débarasser le texte de l'allemand et de l'anglais et de jeter les vieilles photocopies, là c'est superbe , mais comment diable faites vous cete manip!
j'espére qu'on aura droit a la totale ?
Question dans un ordre d'idée voisin : existe t'il unouvrage ou sont représentées ( en couleur ) les voitures du musée de Compiègne ???
-oui par Tonton (25/10/2005 12:36:24)
on va continuer bien sûr, il faut transmettre aux nouvelles générations ! Pour Compiègne ça doit exister.
-La chaise ou cabriolet. par Juju (25/10/2005 18:11:30)
-La chaise ou cabriolet. par Juju (25/10/2005 18:23:10)
Dans le très beau livre " Voitures,chevaux et attelages du 18 ° au 19° siècle de Daniel Roche,on trouve une représentation de Louis XlV
aux guides d'une chaise qui lui permettait se suivre la chasse,à un cheval,habitude qu'il prit après s'être cassé un bras lors d'une chute de
cheval. La conception de cette chaise laisse évidemment à penser qu'elle était très mal équilibrée.
Et pour la petite histoire,ce grand roi fut paraît il aussi un très grand meneur à quatre.Les grands poneys avaient sa préférence,et sur la fin de sa vie,il se passait de cocher,préférant mener lui même...Nous aurions certainement eu quelques atomes crochus avec lui !