Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 09/09/2012 08:23:44
Rubrique : Interviews, lu 4549 fois. 2 commentaires
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Portrait: Thierry Ramage ''Magyarország vezetõ ''


 

      THIERRY RAMAGE  éljen a magyar !  *  

( Magyarország vezetõ  = mener en Hongrie )

         Thierry Ramage a disparu des radars français depuis quelques années, mais il n'en a pas pour autant cessé la pratique de l'attelage. C'est en Hongrie que le meneur Lyonnais à redémarré une seconde carrière: la vie familiale et le business lui ont fait tourner les pages, il saute à pieds joints dans le marché européen, et découvre l'attelage hongrois qui va lui donner un nouveau souffle: explication de texte, mais avant il y a un long chemin …

         Après avoir monté un temps les chevaux d'un ami, c'est  un autre ami, Pierre Nottin qui à l'époque menait 2 et 4 poneys de race pford qui va lui donner le virus. Comme beaucoup c'est par l'attelage à 1 poney que Thierry va débuter. Un mérens avec lequel il fait son premier concours en 1988 à Cormeranches chez Bernatet. Suivra l'attelage avec un cheval que Thierry possède encore aujourd'hui

En 1990 il passe à 2 chevaux, ici à Trois Fontaines l'Abbaye.

         L'expérience sera de courte durée. Un ami Alain Berthon l'initie en 1995 aux grandes guides avec un attelage de cobs normands  avec lesquels ils feront des longues promenades. Deux personnes vont le former, Maurice Perret un juge également  bien connu comme grand connaisseur des attelages d'Europe centrale, et Denis Sanudo un ex meneur à 4 chevaux que l'on retrouve de temps en temps autour des carrières de dressage.   

Avec Alain Berthon

 

         Thierry ne fait jamais les choses à moitié, hier comme aujourd'hui. Il se lance définitivement dans l'attelage à 4 chevaux et n'hésite pas à consacrer tous ses loisirs à se former. Chez Maurice Perret il fait des stages de week-end  toutes les 3 semaines  et pendant 1 an il part chez Sanudo tous les samedis où il mène les chevaux de Françoise Orlandini.

Premier concours à 4 chevaux

 Et viendront d'autres concours comme Miribel, le Pin …

         " C'était dans le début des années 2000. Je vivais la misère sur tous les concours, beaucoup de manque d'expérience, il fallait ravaler sa fierté,  j'étais loin des résultats !  Louis Basty m'a donné un coup de main à cette époque là. Louis m'a poussé vers Jacques Tamalet et j'ai suivi les stages à Lamotte Beuvron avec Hans Peter Ruschling. Il y avait aussi Jean Pierre Barré, Georges Caroly et Patrick Rébulard. Gérard Sainte Beuve avait pris sa retraite de la compétition depuis peu. Mes premières sorties à l'étranger c'était en 2003 où je suivais Louis Basty: Altenfelden, l'Espagne, le Portugal, Lahden en Allemagne…la Hongrie … "

 

           Le père de Thierry qui possédait une entreprise de mécanique agricole et viticole a décidé de prendre sa retraite et de confier son entreprise à Thierry et à son frère. Ces deux là jugent avec pertinence que l'avenir est menacé, la situation viticole n'est pas brillante. Ils achètent au Japon une découpeuse laser, une des premières importée en France et réorientent l'entreprise familiale dans le secteur industriel. Les glissières d'autoroute sont un exemple de création de l'entreprise Ramage. Sa connaissance du monde du cheval et de l'attelage va  également pousser Thierry à développer d'autres activités: voitures de marathon aluminium dotées d'une tenue de route remarquable grâce à un centre de gravité très bas, aménagement de camions tant en France qu'à l'étranger. L'une  de ses dernières réalisation est le camion remorque de Michaël Sellier dont il est très fier. Aujourd'hui les commandes viennent aussi d'Europe.

Le camion et la remorque de Michaël prêts à être livrés…

 

Quelle différence avec la première réalisation de camion aménagé !

         L'entreprise grandit avec un nouveau bâtiment, 8 personnes y travaillent. Il devient difficile de gérer l'entreprise et de parcourir pour les concours plus de 30.000 km par an pour l'attelage. Et puis Thierry commence à avoir "le blues et a le sentiment que les juges l'ont pris en grippe", alors il décide d'arrêter une paire d'années… tout en posant un pied en Hongrie …

La Hongrie, une deuxième patrie.   Franciaország: Magyarország

         C'est lors d'un concours au Portugal que Thierry avait lié des relations amicales avec Lazlo Juhasz un Champion du Monde du Monde à 4 chevaux. Il reprend contact.  Ce dernier l'invite en Hongrie, on va y parler cheval, business et attelage à 4 chevaux. L'entrepreneur et le redoutable homme d'affaire qu'est notre Lyonnais, voit très vite tout le potentiel qu'il peut se développer avec un pays qui  entre dans le marché européen et le meneur hongrois. C'est une nouvelle activité qu'il ajoute à sa carte de visite, celle de commerce en chevaux, qu'il développe avec Lazlo. Depuis il a acheté  dans la puszta hongroise une maison avec des écuries.

         La reprise de la compétition pour Thierry s'est donc faite hors de France avec les concours de Véces, Fabiansebestyen, Zanka, Nébanice …

Il y a maintenant 3 ans que la collaboration avec Juhasz fonctionne. Le meneur hongrois travaille les 7 chevaux (Nonius) du team de Thierry à plein temps depuis cette année, avec un palefrenier soigneur qui est aussi meneur. Ce dernier accompagne Lazlo depuis 30 ans. Six chevaux supplémentaires vont compléter le piquet actuel  avant la fin de l'année, des croisés nonius/lipizzans.

 

Lazlo Juhasz (Hun)

1984 Szilvasvarad  Médaille d'or individuel et par équipe

1986 Ascot 3 ème individuel et médaille d'argent par équipe

1988 Apeldoorn médaille d'argent par équipe

 

        

     

Quelques séances d'entrainement aussi bien en France qu'en Hongrie…

Thierry, est  un grand adepte du "bonnet"

         "Lazlo m'apporte beaucoup tant dans le travail des chevaux que dans l'organisation de l'équipe, dans la rigueur, dans la méthode. Sur les concours j'ai "interdiction" de m'occuper des chevaux, toute mon énergie et ma concentration doivent être focalisées sur les épreuves. Il a un rapport avec les chevaux qui est à la fois d'une grande douceur, pleine de caresses, et friandises mais aussi fait de grande exigence. Mes chevaux travaillent environ 3 heures par jour. Il n'y a pas plus de souci de santé que ça. L'essentiel est porté sur le dressage.  On part dans la puszta… pendant 1 h30 on va marcher, trotter rassemblé, allonger, faire beaucoup de transitions, des épaules en dedans et on termine pendant 1h – 1h 30 sur la carrière pour faire des cercles, tracer une reprise (mais pas sur la même carrière !). Il m'arrive parfois de faire 10h à 12 h d'attelage, on sort 3 ou 4 attelages… Sur les obstacles le travail est très précis dans les changements de direction et les oppositions. Fini les grandes courbes et les cavalcades. Pour Lazlo l'attelage à 4 chevaux doit passer là où passe un attelage à 1 cheval".

 

         "Les maniabilités à l'entrainement sont aussi très "corsées", les serpentines sont à 8 m50 … la largeur des portes 15 cm, 20 cm tout au plus. Les chevaux savent faire, et peuvent aller très vite,  mais pour moi c'est encore difficile je ne suis pas assez rapide dans mes mains. En période de concours j'ai un rythme d'une semaine en Hongrie pour 2 semaines en France, question d'organisation sur le travail de l'entreprise. Mes gars ont 1 mois de travail d'avance, je gère ensuite au téléphone avec mon frère. On peut estimer un partage 60/40 entre ma vie française et les chevaux en Hongrie."

           Thierry est cependant lucide et ne se prend pas pour un professionnel, un amateur très engagé tout au plus: " je mets tous les moyens que je peux, mais je ne suis pas dans la même cour qu'un Sandmann, qu'un Dobrowitz et encore moins de Zoltan Lazar qui a autour de lui une très grosse équipe de 5 ou 6 personnes pour ses attelages. Je suis très encadré par Lazlo qui m'a ouvert toutes les portes hongroises. Je suis très bien intégré et accepté ce qui n'est pas évident, les hongrois c'est un peu le clan, la tribu... Je parle maintenant un peu la langue. Je suis connu dans le milieu de l'attelage  comme "le petit français".  J'étais en spectateur à  Riesenbeck, les hongrois sont venus me saluer, je n'ai pas eu les mêmes faveurs de la part des meneurs français…" (Connaissant Thierry de longue date je pense que sa modestie, sa discrétion et sa simplicité ont joué de façon positive auprès des hongrois).

         L'attelage en Hongrie c'est comme le rugby en Nouvelle Zélande ou le hockey sur gazon au Pakistan: " l'attelage tient une place particulière en Hongrie. Dans mon village il y a 25 attelages en paire.  Le président de la fédération des sports équestres est un meneur, Vilmos Lazar c'est tout dire ! L'organisation de l'attelage repose sur 3 niveaux, A, B et C . Le niveau C est le plus bas, les concours se déroulent sur 1 journée avec seulement 4 épreuves de maniabilité. 2 épreuves le matin avec un classement sur le meilleur résultat des 2 tours et la même chose l'après midi sur 2 autres parcours. Le niveau B comporte les 3 tests classiques. Le niveau A c'est le niveau international. On ne passe pas du niveau C au niveau B sans résultats significatifs, il faut être dans les meilleurs. Même chose pour passer de B à A."

         L'avenir immédiat c'est Donaueschingen. La fédération française  lui a ouvert la sélection, mais il restera  proche des Dobrowitz, et Lazlo va coacher son élève français. Thierry est averti, le hongrois lui met une grosse pression pour avant tout faire une bonne reprise de dressage. L'objectif  c'est clairement les Jeux Equestres Mondiaux: " je mets les moyens, on verra si ça passe ou pas et l'année 2013 sera une année de préparation sur les concours européens. Et puis l'avenir c'est ma fille Noémie (10 ans) déjà formée à la méthode hongroise, elle mène mes 4 chevaux sans problème ! "

* Vive la Hongrie !

JCG

        

 


  Commentaires
-Wahou... par FranZiS (09/09/2012 09:56:09)
Super Portrait...et Juhasz ...Wahou...
-Oui wahou par Zebulon (10/09/2012 15:55:49)
Bonne chance pour la suite. " Respect" pour un tel investissement.