Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 29/04/2011 11:23:59
Rubrique : Interviews, lu 2233 fois. Pas de commentaires
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Portrait de Werner Ulrich (Sui)


 

 
Werner Ulrich, surhomme de l'attelage
Par Marie-Christine Petit-Pierre

         Pour la première fois, la Coupe du monde regroupe quatre finales à Leipzig:saut, dressage, attelage et voltige. Le Suisse mériterait de remporter le seul titre qui lui manque

         «C'est un surhomme!» Cyril Maret, quatrième au Championnat suisse d'attelage en 2010 et élève de Werner Ulrich, cherche encore comment qualifier lemaître de l'attelage suisse. Mais il ne trouve pas mieux, «c'est un surhomme», répète-t-il. Pourquoi? «Parce qu'il arrive à mener de front les concours internationaux, l'enseignement - et il a beaucoup d'élèves, tout en travaillant, lui-même, chaque jour ses chevaux. Il les attelle à deux, à quatre, seuls, les monte, les longe. Il a organisé le récent concours national complet de Berne, auquel il a tout de même participé. Il a mené exceptionnellement bien et a gagné! Il n'est jamais fatigué, c'est une personnalité.»

         Cette année, le Bernois a l'air en forme, troisième en février à Bordeaux, une des sept étapes de la Coupe du monde, et vainqueur en mars à Budapest, dernière éliminatoire avant Leipzig. Mais au fond, qu'est-ce qui fait la différence, sur quelles qualités se construit le champion d'attelage? «Le dressage, répond sans hésitation Cyril Maret. Les chevaux qui sont bons dans cette discipline sont bons partout. Et puis il a un vrai feeling. Récemment j'ai suivi un cours avec lui, après deux heures il avait tout compris de mon cheval. A cela s'ajoute sa capacité de travail, s'il est juste avec les chevaux, il est très dur avec lui-même. En fait, c'est un fou, dans le bon sens du terme, c'est comme ça qu'il est arrivé à la perfection. Et c'est le seul à avoir été champion du monde aussi bien en attelage à deux qu'à quatre.»

         La vision qu'a l'élève du maître correspond-elle à la réalité, comment se passe une journée pour Werner Ulrich? «Je travaille en général au Centre équestre national de Berne, répond-il. Aujourd'hui j'ai d'abord attelé le cheval d'une cliente, puis je donnerai deux cours. Là, j'ai une demi-heure pour atteler mes chevaux à quatre. Ensuite il faudra que je fasse un peu de bureau. Puis je vais prendre mes quatre lusitaniens en dressage, je dois les préparer pour le concours de Windsor, dans deux semaines, il se passe en extérieur. Je les travaille
d'abord en attelage à deux, puis à quatre.» Le multi-champion confirme, le dressage est essentiel et il met beaucoup l'accent sur cette discipline dans la préparation de ses chevaux, ce qui améliore notamment leur maniabilité. Il est vrai que les parcours de Werner Ulrich sont très jolis à voir. Il mène ses remarquables lusitaniens de manière calme et élégante. Ils proviennent de l'élevage Herdade das Figueras de son sponsor, le PortugaisAntonio Simoes.

         Les avantages de ces chevaux du point de vue du meneur? «Ils ont de jolies  attitudes en dressage, ont beaucoup de tempérament, forment un ensemble harmonieux, et sont très maniables. Mais je ne les prendrai pas pour la finale de Leipzig, car c'est un concours indoor, ils sont trop chauds pour
ça, et je n'aimerais pas abîmer leur dressage.» Les épreuves qui se déroulent en intérieur, comme celles de la Coupe du monde, sont assez particulières. Elles comprennent marathon et maniabilité mais pas de dressage. La vitesse - c'est un contre-la-montre – est essentielle. De plus, les chevaux doivent supporter un niveau de bruit très élevé, ambiance oblige, ce qui ne convient pas à des chevaux trop sensibles. Car cette compétition est un véritable show, un peu trop?
«C'est stressant pour les chevaux, et ce n'est pas mon épreuve préférée, surtout lorsqu'on doit la courir avec les mêmes chevaux que pour les concours en extérieur. Mais c'est aussi très important pour la promotion de notre sport.»

         A Genève, à la finale d'avril 2010, Werner Ulrich n'avait obtenu qu'une sixième place lors de la Coupe du monde, le seul titre qui manque à son palmarès. Il avait dû, au dernier moment, prendre un cheval de réserve. «J'ai désormais un attelage spécifique pour l'indoor. Avec deux lipizzans à la volée, soit devant, et deux demi-sang suisses au timon. Les chevaux de tête doivent être à l'écoute - on a peu d'action sur eux -, pas trop grands et agiles. Ceux qui sont au timon ont besoin de force, ils sont plus expérimentés, et un peu plus grands, environ une dizaine de centimètres.»
        

         La Coupe du monde sera-t-elle enfin pour lui cette année? Werner Ulrich rit:«Mon but est de me classer dans les trois premiers, je dois compter avec Boyd Exell, deux fois vainqueur de cette épreuve. Mais mes chevaux vont bien, et le parcours est très technique, ce qui est un avantage pour moi.»

 
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