Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 27/09/2009 16:41:57
Rubrique : Les références > Dressage : technique, lu 3631 fois. 2 commentaires
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Le trot dans l'épreuve de dressage attelée


 

  
        

         M. Peiffer, de l’illinois, m’a confié ses réflexions approfondies et admirablement scientifiques sur le trot rassemblé, le trot de travail et le trot allongé tels qu’ils devraient être présentés au dressage dans les concours d’attelage. Comme je juge moi-même régulièrement ce genre d’épreuves, il m’a suggéré de partager mes propres vues à ce sujet avec vos lecteurs en essayant par la même occasion d’expliquer comment les meilleurs meneurs aspirent à la perfection dans ce domaine.

         Le trot est une allure à deux temps dans laquelle les bipèdes diagonaux frappent et quittent le sol simultanément, en restant brièvement en suspension entre deux battues. La plupart des meneurs et des cavaliers le savent, sans cependant beaucoup réfléchir à ce mécanisme. La différence essentielle entre les trois trots réside dans la longueur des foulées. Par foulée, on entend la distance qui sépare les empreintes successives des mêmes pieds, tandis que le poser désigne la distance entre les empreintes des deux antérieurs ou des deux postérieurs. Une foulée au trot allongé est à peu près deux fois aussi longue que celle au trot rassemblé et la foulée au trot de travail se situe entre les deux.

         Pour les trois trots comme pour le pas d’ailleurs, la régularité absolue, tant dans la longueur de la foulée que dans la cadence est de rigueur. La foulée d’un cheval bien en forme avec des pieds solides sera automatiquement régulière. Mais s’il est monté, attelé ou ferré incorrectement ou s’il boîte, même légèrement, sa régularité naturelle en souffrira. Et s’il est longtemps gêné dans ses mouvements, l’irrégularité persistera et sera très difficile à corriger, même si on remédie finalement à sa cause.

         Comme une irrégularité apparaîtra normalement à toutes les allures, il suffit de promener un cheval que l’on veut acheter pour s’en apercevoir; on peut même aller jusqu’à mesurer la longueur de ses foulées sur une piste de sable droite. Un cheval à la foulée régulière peut devenir irrégulier si on le fait travailler à la longe dans un petit cercle ou qu’on le mène aux longues rênes en tirant beaucoup plus sur une que sur l’autre, si le poids du cavalier est mal réparti au trot ou si on tire constamment sur la tête d’un cheval monté ou attelé, l’obligeant ainsi à marcher de guingois.         

         Les sabots devraient frapper le sol à la même cadence pendant toute l’exécution d’un passage au trot, rythme qu’il faudrait conserver pour l’ensemble de l’épreuve au trot quel que soit le trot demandé: rassemblé, allongé ou de travail, Il va de soi que si la foulée n’est pas régulière, la cadence ne le sera probablement pas non plus. Le critère de la régularité intervient pratiquement dans tous les mouvements aujourd’hui jugés aux concours de dressage. Les conventions admises pour le jugement des épreuves de dressage stipulent qu’un juge ne devrait en aucun cas donner plus de six points si un des éléments requis fait manifestement défaut, si bien que la régularité revêt une importance cruciale et que si elle fait défaut, un concurrent obtiendra tout au plus une note satisfaisante.

        
         L’erreur la plus fréquente consiste à aller plus vite au trot allongé. Cette accélération gâche le mouvement, même si la foulée est plus longue, et le meneur risque de se faire reprocher que son cheval «court» plutôt que d’allonger sa foulée. La cadence peut aussi s’accélérer par inadvertance quand le cheval vient de terminer un cercle et qu’il se redresse pour trotter en ligne droite sur la piste de la carrière. Les meneurs devraient parer à une telle éventualité en maintenant les guides bien tendues sans se laisser aller à un moment de détente.
         Au trot rassemblé, la cadence tend tout naturellement à diminuer. Cette faute est moins grave que l’accélération au trot allongé et de nombreux juges ne s’en apercevront pas à condition que le rythme et la cadence restent harmonieux. Toute perte d’impulsion ou la tendance à rester derrière la main briseront cependant le rythme et pourront entraîner un changement d’allure. La cadence du trot varie bien entendu d’un cheval à l’autre, elfe sera plus rapide pour les petits poneys que pour les chevaux de grande taille.

         Le meilleur rythme d’un cheval sera sans doute celui qui lui vient naturellement lorsque, légèrement appuyé sur les guides. il accomplit un trot de travail relativement détendu. L’hypothèse a été avancée qu’un morceau de musique joué à la cadence exacte des foulées du cheval peut l’aider à garder un rythme régulier au trot.
        

         Au trot comme à n’importe quelle autre allure, le mouvement de propulsion doit partir des postérieurs et un juge avisé leur accordera plus d’attention qu’aux antérieurs pour s’assurer que le cheval engage ses jarrets avec énergie et ne laisse pas traîner son arrière- main. Un cheval qui n’engage pas bien les jarrets risque de trop amplifier l’action de l’avant-main, ce qui lui donnera l’air de s’affaisser de la croupe au garrot au lieu d’élever l’encolure comme il le devrait. Son action paraîtra pesante et laborieuse plutôt que légère et aisée. Il risque de porter la tête trop bas, de se pendre aux guides et de tenter d’échapper à la main en s’encapuchonnant.

         Chez les chevaux d’attelage tirant un véhicule léger, le centre de gravité idéal se situe probablement un peu plus en arrière que chez les chevaux portant un cavalier en selle, mais il faut du temps pour parvenir à cet équilibre et on ne peut exiger de chevaux jeunes ou en mauvaise condition qu’ils présentent une silhouette parfaite à cet égard. Un cheval qui doit fréquemment tirer des charges plus lourdes que son propre poids, ou même des charges de poids à peu près égal, mais dans un terrain difficile, devra nécessairement engager tout son poids plutôt que la seule force de ses membres postérieurs pour faire démarrer le véhicule, voire même parfois pour le tirer. En d’autres termes, il devra s’appuyer de tout son poids sur les guides et se portera inévitablement trop sur l’avant-main.

         Cette mauvaise habitude est beaucoup plus difficile à corriger que le contraire, c’est-à-dire quand le cheval porte la tête trop haute et tend à être au-dessus de la main et à porter au vent.
         Le cheval attelé devrait porter la tête légèrement plus haute que le cheval de selle, avec un pli vertical plus prononcé; l’encolure ne doit en aucun cas être arrondie. Au risque de me faire accuser d’hérésie, je pense que des divergences très restreintes dans le port de tête sont admissibles suivant la conformation extérieure ou la race du cheval.

         Certains apparaîtront sous leur meilleur jour bien ramenés, les lignes du chanfrein verticales par rapport au sol, tandis que d’autres présenteront un aspect plus plaisant si leur encolure et leur tête sont un peu plus allongées. Au trot rassemblé, le chanfrein de la plupart des chevaux devrait dessiner une ligne verticale par rapport au sol, sans jamais former un angle aigu. Au trot de travail, la tête peut être légèrement baissée avec le chanfrein à peine avancé, et au trot allongé, le chanfrein peut se porter encore un peu plus en avant.

         On prétend que les chevaux en mouvement sont incapables de poser leurs membres antérieurs ailleurs que directement sous leur chanfrein. Ce qui est parfaitement inexact pour un cheval bien équilibré au trot allongé, comme le démontrent sans peine la plupart des bons hackneys qui atteignent un allongement spectaculaire sans que l’on observe un raidissement marqué de l’encolure et de la tête.

         La meilleure façon d’enseigner le trot allongé à un cheval consiste à le monter. Il faudra pour ce faire un cavalier chevronné, mais pas forcément spécialisé dans le dressage, à l’assiette ferme et indépendante et capable de bien guider le cheval. Le cavalier devrait donner des ordres clairs et catégoriques à haute voix et ponctuer ses ordres avec les jambes et le dos pour obtenir un trot allongé, de sorte à créer une association d’idées; il peut en outre s’avérer utile de siffloter au rythme des foulées, du moins pendant les quelques premiers pas.

         Pour le trot rassemblé, il utilisera un commandement différent, et un claquement de la langue au rythme de la foulée à la place du sifflotement contribuera à établir la cadence correcte.

         Il est possible de travailler un cheval aux longues rênes pour lui apprendre le trot rassemblé, mais à condition de bien maîtriser cette technique, sinon on fera plus de mal que de bien. Pour briller au dressage dans les concours d’attelage, un cheval doit être monté assez fréquemment, jusqu’à la moitié du temps total de son entraînement. Un certain nombre de meneurs qui ne savent pas monter eux- mêmes ou qui confient à d’autres gens le soin de monter leurs chevaux semblent s’en tirer assez bien, mais sans être occasionnellement corrigés et encouragés par un cavalier, les chevaux ont de la peine à réussir un trot allongé correct et le trot rassemblé paraîtra souvent manquer d’impulsion et de cadence, ce qui semble aller de pair avec une action relevée.

Tom Coombs In mémoriam Achenbach 1/84

 


  Commentaires
-ah! par Ricola (28/09/2009 16:56:55)
merci pour toutes ces précisions bien utiles, je vais me remettre en selle.
s'il reste de la réserve d'articles de cette excellente revue, je suis preneur (et peut-être pas seul ).
cordialement
p mulot
-Bien sûr par JeanClaudeGrognet (28/09/2009 19:33:00)
Cet article vieux de 25 ans n'a rien perdu de son intérêt, mais pourquoi en serait il autrement ? Bien entendu si je trouve des articles "pédagogiques" qui sortent du blabla copier/coller que l'on trouve sur internet, et écrit par des auteurs qui ont vécu se dont ils parlent , je rapporte bien évidemment.