Article proposé par Arba, paru le 17/10/2007 15:17:28
Rubrique : L'attelage de Tradition, lu 2360 fois. Pas de commentaires
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Un très bon article sur l'attelage dans 'Les Echos'


 

 

A découvrir le n° spécial du journal Les Echos avec cet article de Bruno Mathon

 

 

Les Echos

 

 

 

Parcourir l'histoire en attelage 
[ 12/10/07  - Série Limitée N° 057  ]

Remis en état avec amour, les attelages de tradition retrouvent leur lustre d'antan lors des concours, véritables musées vivants du patrimoine hippomobile. Les performances techniques de l'art de mener se mêlent alors au plaisir des yeux. 

En plus de la technique, le cavalier doit nouer une véritable relation avec son ou ses chevaux. C'est la partie la plus longue à acquérir.

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         Forêt de Rambouillet, un week-end d'automne. François, chef d'entreprise parisien, mène son  attelage. Guides dans la main gauche, fouet à la main droite, le " meneur " encourage son cheval de la voix. Le phaéton Binder s'engage à bonne allure dans les chemins forestiers, au son métronome des roues cerclées de fer. Quelques promeneurs étonnés se rangent sur les côtés pour laisser passer l'attelage. On se salue en souriant.

 

         Impression fugace d'être transporté deux siècles en arrière, au temps où ces voitures légères et racées remplaçaient nos berlines, monospaces et autres 4 x 4. Comme François, ils sont quelques milliers à atteler chaque week-end des voitures anciennes et à se promener en forêt, à travers champs ou sur les petites routes de campagne. Une passion qui se joue des saisons, car le meneur doit entraîner son ou ses chevaux régulièrement. " C'est une discipline exigeante, assure ce chef d'entreprise et ancien golfeur. On ne s'improvise pas meneur, cela s'apprend et il faut y consacrer du temps. En revanche, une fois que l'on maîtrise la pratique, quel plaisir de mener à travers bois une belle voiture ! "

 

         Goût du bel objet ancien, amour du cheval, apprentissage du menage, restauration des voitures... c'est tout cela que découvrent les amateurs d'une discipline qui mélange harmonieusement l'art et le sport. Les propriétaires d'attelage sont souvent des perfectionnistes, qui cherchent le meilleur équilibre entre chevaux et voitures. Certains sont atteint du virus de la collection et deviennent des spécialistes de la restauration. D'autres s'intéressent à la maîtrise technique à un, deux ou quatre chevaux.

 

         Tous prennent plaisir à partir en pique-nique, en famille. " Au début, la discipline a été marquée d'un certain élitisme, mais ça a beaucoup évolué, et on pratique aujourd'hui dans tous les milieux ", explique André Grassart. Cet ancien photographe à la retraite, vice-président de l'Association française d'attelage (AFA), attelle chaque jour en tandem Basile et Duc, ses deux poneys français de selle, à un dog-cart de 1890. Seul ou en compagnie de sa femme, il parcourt les allées forestières qui bordent sa ferme du Loir-et-Cher ou s'entraîne pour les concours de tradition. Depuis quelques dizaines d'années, breaks, mylords, calèches, coachs, dog-carts, landaus ou omnibus ressortent des remises et des granges, et sont restaurés dans le respect des traditions hippomobiles. Un renouveau venu d'abord d'Angleterre, où le prince Philip, duc d'Édimbourg, décida dans les années 1960 de remettre au goût du jour cette culture de l'attelage lors de concours sportifs.

         Quelques Français, dont Christian de Langlade, ami du prince Philip, s'en inspirent pour fonder l'AFA. Laquelle imagine en 1993 une nouvelle manifestation, le concours d'attelage de tradition, dont l'objectif principal est de faire oeuvre de sauvegarde des voitures et des harnais en les présentant au grand public. Composés de trois épreuves - une présentation, un exercice de maniabilité et un parcours routier -, ouverts à tous types de voitures et de races de chevaux, ces concours ont donné un coup de fouet à la vogue de l'attelage.

 

 

Voiture et cheval doivent être assortis

 

 

Élégance et technique font partie des concours où l'on vient admirer les voitures  anciennes et l'habilité des cavaliers.

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         La discipline ne s'improvise pas. Il faut six mois à trois ans pour maîtriser l'animal. Faute de préparation, l'exercice peut même s'avérer périlleux, les accidents n'étant pas rares avec des chevaux mal entraînés. Frédérique Robin, jeune femme originaire de La Ciotat, s'est lancée il y a quelques années. Cette " mordue " d'équitation a eu le coup de foudre pour l'attelage ancien. À Marseille, elle prend des leçons au centre équestre Pastré, puis achète des camarguais et un poney. Depuis deux ans, mari et enfants la suivent sur les concours, chacun mettant la main à la pâte pour préparer son gig, une voiture anglaise à deux roues dénichée sur un site Internet spécialisé et achetée en Irlande.

 

         Que l'on possède d'abord la voiture ou le cheval, une règle s'impose : l'un et l'autre doivent être assortis. Un poney sera ainsi tout à fait adapté à une voiture légère, anglaise ou américaine. Tandis que des franches-montagnes, des cleveland bay - la race préférée de la reine d'Angleterre - ou des frisons donneront toute leur mesure associés à un robuste coach ou à un omnibus. " Tout doit être harmonie, précise François, les attelages, les harnais, mais aussi la tenue vestimentaire et les accessoires. J'ai ainsi chiné pour mon phaéton de très beaux objets, un porte-parapluie, une montre et un fouet datant de 1880. " Le choix de la voiture dépend des chevaux utilisés et de ses moyens financiers. On peut démarrer modestement avec une charrette anglaise dotée d'un bon harnais, pour un budget de 4 000 euros environ. Mais pour une voiture du milieu xixe en bon état, il faudra débourser plusieurs dizaines de milliers d'euros et se rapprocher des ventes aux enchères ou des marchands spécialisés.

 

         À Saumur, l'an dernier, un coupé de voyage Bastardelle, époque Empire, classé Monument historique, s'est arraché à 80 000 euros. Certaines pièces rares, coach ou coupé de gala, convoitées par quelques grands collectionneurs - parmi lesquels l'Américaine Gloria Austin ou la Française Dina Vierny, la muse du sculpteur Maillol -, s'adjugent plusieurs centaines de milliers d'euros. Modèle clé en main ou à restaurer ? Le prix peut varier du simple au triple selon l'état de la voiture. " Ce qui souffre le plus, ce sont les roues, les coussins et les cuirs des harnais ", estime Maurice Leporrati, aux fourneaux de L'Auberge de la Loube, à Buoux, dans le Luberon, et heureux propriétaire d'une superbe collection de voitures légères américaines, victorias ou skeletons en bois de hickory (noyer) qu'il présente dans une remise où s'attardent les clients de son restaurant.

 

         La vogue des attelages de tradition a contribué à faire renaître des métiers anciens : charron, sellier-harnacheur, peintre en voitures... Quelques artisans de renom n'ont jamais cessé leur activité,. Ainsi la maison Poursin, rue des Vinaigriers, à Paris, pour la bouclerie, fournisseur de la cour de Hollande depuis cinq ans, Bechtold à Achenheim, en Alsace, pour les harnais anciens, Hermès, bien sûr, pour la sellerie et les guides. Les amateurs d'attelage ont tôt fait de connaître les adresses des meilleurs restaurateurs, les Dominique Posselle, dans la Haute-Marne, Patrick Delameilleur à Saint Ambreuil (Saône-et-Loire) ou encore, en Belgique, les Patrick Schroven, à Wavre, ou la maison Van Der Weil, à Hamont-Achel, qui travaille pour les cours de Hollande et de Suède.

 

L'ÂGE D'OR DE L'ATTELAGE

         L'apogée des attelages se situe entre la deuxième moitié du xixe siècle et la Première Guerre mondiale. Paris est alors la capitale incontestée de la carrosserie élégante, tandis que l'Angleterre est reconnue pour l'innovation technique. Les ateliers des Labourdette, Binder et autres Mühlbacher signent toutes sortes de modèles qui répondent aux besoins d'alors : se déplacer en ville ou à la campagne, se rendre à la chasse, aux courses ou à des réceptions mondaines. Exceptées les créations de très haut luxe - carrosses, par exemple -, ces voitures sont fabriquées en série. La fantaisie et le goût des acheteurs s'expriment dans le choix des couleurs, des garnitures intérieures et des accessoires. Le plus souvent, le propriétaire mène lui-même son attelage. Un groom l'assiste et s'occupe des chevaux à l'arrêt.

 

OÙ TROUVER DES VOITURES ANCIENNES ?

         Petites annonces dans les magazines (Attelages Magazine) ou sur les sites Internet spécialisés, marchands ou ventes aux enchères (Saumur, Vendôme, Chantilly)... Constituer un attelage passe le plus souvent par le bouche-à-oreille. Modèles de ville ou de campagne, de promenade, de chasse ou de sortie..., choisissez en priorité un modèle adapté à vos chevaux. L'état de conservation est essentiel, une restauration à l'identique pouvant nécessiter jusqu'à 200 heures de travail chez un spécialiste. Entre une voiture anglaise attelée à un poney, un phaéton Binder à deux ou un coach à quatre chevaux, les budgets varient fortement selon les modèles. Compter un minimum de 4 000 euros et jusqu'à 200 000 euros pour un coupé de gala attelé à la Daumont.

 

L'ART DU MENAGE

         L'attelage à un, deux ou quatre chevaux obéit aux règles de la méthode Achenbach, du nom du responsable des écuries impériales de Guillaume III qui a codifié le menage. Elle repose sur deux principes : " Tout doit être mis en oeuvre pour alléger le travail des chevaux et garantir la plus grande sécurité possible pour l'attelage. " De nombreux centres de formations équestres proposent l'apprentissage de ces techniques de menage qui utilisent à la fois la voix, le fouet et les guides. Une trentaine de leçons sont nécessaires pour être autonome, selon Franck Deplanche, directeur des Écuries de la Vicomté, à Blois. Il recommande cependant de continuer jusqu'à un niveau équivalant au 5e galop.

 

EN SAVOIR PLUS

Sites Internet
Association française d'attelage (aFA) afa-attelage.net
L'attelage français attelage.org/index.php
Un site de restaurateur www.carriages-schroven.be

À lire
L'art de l'attelage, de Max Pape, éditions Vigot, 2005.
Atteler chez soi, de Bernard Lecointe, éditions Vigot, 2002.
L'attelage, de Bénédicte Desmarais, éditions De Vecchi, 2005.
À visiter
Musée de la Voiture, Compiègne (Oise). Tél. : 03 44 38 47 02. www.musee-chateau-compiegne.fr
Musée des Attelages, Vaux- le-Vicomte (Seine-et-Marne) Ouvert de 10 à 18 h. Fermé en semaine entre 13 et 14 h. www.vaux-le-vicomte.com/ vaux-images-attelages.php

 

BRUNO MATHON

 


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