Article proposé par Heliosness, paru le 15/03/2017 08:29:17
Rubrique : Reportages, lu 753 fois. 2 commentaires
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UZES: Le Printemps de l'attelage en vrai ...


 

Glané dans la contre-allée…

Comme chaque année, le final du Printemps de l’Attelage, cette grand messe de l’un des tous derniers Haras Nationaux français, s’achève sous la pluie, après qu’Eole eût soufflé, dans la semaine, ce qui lui restait en stock de vents hivernaux violents, gommant à tout jamais les quelques heures de chaleur écrasante qui firent se dénuder les bras de la meneuse du cru.

Arrivée dimanche matin, au plus fort de l’averse, je ne trouvais néanmoins que des personnes joyeuses, souriantes, détendues et ravies de leur semaine de concours. Toutes, qu’elles aient réussi ou échoué, été primées, disqualifiées ou éliminées, rayonnaient d’un enthousiasme tel que je me crus échouée sur l’île des Lotophages. Tandis que je cherchais à goûter un bouquet de ces fleurs de lotus, je ne trouvai malheureusement à mastiquer, qu’une paumée de fruits toxiques tombés d’un vieux laurier-tin.

Ai-je croisé plus de monde que les années antérieures ? Non. J’ai revu avec plaisir les mêmes habitués. A de très rares exceptions près, comme partout, les spectateurs étaient directement concernés par l’attelage. Point de bousculades aux abords des obstacles, pas même au passage de Benjamin Aillaud qui, pourtant, rassemblait tous les spectateurs autour de lui. Ce qui est amplement mérité car, si ses chevaux sont des Seigneurs, lui est un maître de l’art.

C’est vraiment dommage, cette désaffection du public, parce que le site, au cachet très provençal, est idéal pour l’attelage. Les sols sont de très bonne qualité, les obstacles, bien qu’identiques d’année en année, mais comme partout finalement, sont bien conçus, l’espace est prodigieusement vaste, ouvert tout en étant parfaitement sécurisé, le niveau de difficulté est très appréciable, concurrentiel, les officiels, qui comptent parmi les plus réputés, bénéficient de lieux adaptés, le bureau des calculs est bien logé et pourvu à souhait, la logistique a été méticuleusement pensée, ses rouages sont huilés comme ceux d’une horloge, bref, cette manifestation mériterait deux fois plus de participants.

Qu’ai-je envie de retenir et de partager avec vous, chers lecteurs ? Avant tout, celui qui a marqué tous les esprits, Benjamin Aillaud, lui qui, à l’âge de 6 ans s’achetait son premier cheval avec l’argent gagné en aidant ses parents dans des spectacles de rue, en travaillant avant et après l’école, ne s’octroyant aucun jour de repos ; lui qui, aujourd’hui, entraîne plus de vingt chevaux dans différentes disciplines équestres ; lui qui est venu concourir avec deux attelages de chevaux arabo-frisons splendides du Haras de la Pourcaud dont l’un de juments, tout ce que j’aime ! Et c’est avec elles qu’il a gagné. Benjamin, comme Jérôme Voutaz, parle aux chevaux. Il leur dit « maintenant » quand ils doivent s’engager, « c’est bien », etc. Il n’use pas du fouet pour rien contrairement à d’autres, qui bruitent et crient.

A peine son premier marathon achevé, vous le rencontriez à vélo, suivant sa compagne, pétillante jeune femme qui menait des Lusitaniens de Benjamin pour la première fois, en deux attelages solo. Leur gentillesse et leur bonne humeur à tous deux est un vrai régal.

En plus de tout cela, Benjamin conseillait ses élèves dont le plus assidu, Bernard Michel qui finit troisième avec 57 en dressage, une magnifique mania qui lui permet de passer devant Frédéric Bousquet et un marathon excellent. Ses chevaux ont énormément progressé depuis Lignières. Il exulte de bonheur.

Axel Decourtye aussi, qui a fait un très beau dressage à 54, le plaçant troisième de sa catégorie. Pezano est un cheval élégant, raffiné, qui a développé de bien belles allures, s’est étoffé, arrondi. C’est très joli. Une erreur dans l’appréciation du temps au marathon lui fera malheureusement perdre une place en dépit de performances sur les obstacles en très net progrès. Sylvie, sa femme et Théa et Sigane, leurs filles, que j’accompagnais, n’étaient pas peu fières ; ce qui ravit la juge Marie-Pierre Bruneel qui déclara à leur passage, dans un large sourire, aimer voir des fillettes fans de leur papa, le suivre de concours en concours.

Il n’y a pas que cela qu’elle a aimé, madame Bruneel. Elle a vu beaucoup de belles choses, notamment chez les jeunes chevaux qui se sont vu attribuer plusieurs premières primes et quelques deuxièmes primes. En particulier, à brûle pourpoint, tandis qu’elle court rejoindre Dominique Coudry, et que je la presse de questions, elle cite Mathieu Carrière, qui s’était déjà distingué à Cheval Passion en janvier, Camille Picard, élève BPJEPS à l’IFCE du HN hôte et puis, dans la catégorie Amateur 1 poney, nous disons combien la jeune Mathilde Baylac, sa coéquipière et son cheval sont adorables et performants, elle qui a dressé à 43, très loin devant ses concurrents. Quel plaisir de dialoguer avec une juge qui dit tout le bien qu’elle pense des uns et des autres. Bref échange savoureux, britannique par son détour à propos de la météo des provinces du Sud, qui connaissent aussi des hivers verglacés, brumeux, boueux, humides, que j’aurais souhaité plus long, mais il me faut la laisser filer au pas de course.

Une autre jeune meneuse concourait pour la première fois dans la catégorie Amateur 1 poney. Il s’agit de Laurane Meyson, dont le poney, un New Forest, a été particulièrement difficile à conduire lors du dressage, lui faisant perdre des points précieux irrécupérables. A la maniabilité, elle fait le second temps à 6 secondes derrière Mathilde Baylac qui a l’expérience du championnat d’Europe junior, mais commet une erreur qui lui fait tomber une balle, ce qui la place à 30 points de sa tout aussi jeune concurrente qui elle, est première. Elle fait un très beau marathon mais cela ne suffira pas à la faire décoller de la septième place, d’autant qu’elle perd sa coéquipière dans un obstacle. Une première expérience qui sera rigoureusement analysée par son père, entraîneur et coéquipier, Stéphane Meyson.

 Je n’ai rien vu de mauvais dimanche. Tous les compétiteurs étaient d’un bon, voire très bon niveau.

Je me suis attardée sur la prestation de Rémi Chèze qui va vite, très vite, sous les yeux de son frère, Jérôme, qui lui, m’a épatée avec son attelage en paire. Il a une façon de mener qui est nette, claire, sans bavure. Il prend les options courtes, va vite, très vite, sans aucun empressement toutefois. Il mène avec une facilité déconcertante. C’est très beau à regarder, souple et élégant.

Je ne peux parler de tout le monde. Delphine De Jotemps a été remarquable, première dans la catégorie Amateur Elite à 1 poney devant Benoît Vernay, Gilles Curinier, Camille Darribeau, qui mène avec délicatesse, etc. Claire Lefort, avec son beau cheval, finit derrière Michel Vignaud, qui débute fort en Amateur Elite. Avec son cheval noir, Zorro, il avait été tellement magnifique au championnat de France que Michel Bitard l’avait encouragé à monter de catégorie. C’est chose faite et bien faite.

Je termine avec Alain Berthon, à la halte vétérinaire après la phase A. Seul dans sa catégorie. Moi, je suis épuisée, je rentre chez moi préparer mon prochain article sur le concours très attendu dont tout le monde parlait à Uzès, et dont Jacques Tamalet et Bernard m’ont laissé entrevoir de très agréables surprises, celui de Loriol-du-Comtat qui aura lieu dans deux semaines, les 25 et 26 mars. Aussi, vous dis-je, à très vite !

©Heliosness


  Commentaires
-Sur le vif ! par Ratata (30/03/2017 14:36:14)
Excellent reportage, texte et photos, comme d'hab.
-merci par Heliosness (31/03/2017 15:23:30)
Ravie que mes articles vous aient plu. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire pour a.o.