Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 05/11/2016 08:54:34
Rubrique : Interviews, lu 1097 fois. Pas de commentaires
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Election Fédérale, l'interview de CONSTANCE MENARD


 

 

                 

                         Ce fut pour moi une surprise de découvrir le nom de Constance Ménard sur la liste d'Hervé Godignon, aussi ai-je rapidement voulu en savoir plus !

         JCG: Surpris de te voir sur la liste d'Hervé Godignon comme experte du dressage dans ce qui sera peut-être la future fédération !  La question que l'on aimerait te poser immédiatement est de savoir qu'elle serait la place de la discipline de l'attelage dans cette nouvelle fédération si vous êtes élus.

         Constance Ménard:" je figure dans le bureau d'Hervé pour représenter les athlètes de haut niveau. Bien sûr je suis experte en dressage, mais je suis aussi là pour représenter l'attelage que je connais bien. Notre groupe travaille bien sûr sur toutes les disciplines représentées à la fédération. Ce groupe est composé de 30 personnes, et nous travaillons depuis plusieurs mois pour avancer des propositions dans tous les domaines. C'est un peu manœuvrer le paquebot  France dans le port de Saint-Tropez ! l'Attelage fait partie des disciplines dont on va s'occuper fortement".

         JCG: tu parles du haut niveau, je suppose que les amateurs ne sont pas absents des préoccupations de votre groupe ?

         CM: " dans mon groupe je représente le haut niveau, mais dans le bureau il y a bien d'autres représentations, comme la formation. C'est très partagé. Évidemment on va s'occuper de la base, sans base il n'y a pas de haut niveau, c'est un système pyramidal. Evidemment le projet n'est pas de casser la base, on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis. La philosophie du groupe et de simplifier un maximum les choses car  tout est très compliqué.

         Aujourd'hui et plus particulièrement dans l'attelage les professionnels ne sont pas reconnus. En attelage je ne trouve pas normal que les amateurs élites ne soient pas identifiés comme professionnels ( pour ceux qui sont professionnels). Demander à des meneurs de prendre une licence Pro à 320 € pour faire des concours labellisés  "amateur"  a quelque chose de choquant et c'est une aberration sur le plan économique.

         Pour moi c'est un gros problème... où est la reconnaissance du professionnel ? Il n'y en a pas. Ça existe dans les toutes les disciplines. Cela conduit à une dérive économique car les chevaux ne sont pas répertoriés dans des résultats de professionnels et perdent une valeur marchande. C'est donc l'un des premiers engagements que l'on va prendre, remettre en place un circuit avec cinq niveaux de catégories avec au sommet une catégorie pour les professionnels.

         JCG: la reconnaissance du statut de professionnel veut dire forcément dotations sur ces épreuves ?

         CM: " ce qui est prévu dans le programme de concours avec des "épreuves passerelles" dites épreuves open qui permettront d'évoluer dans une catégorie supérieure. Les professionnels ou les enseignants qui feront des épreuves amateurs ou club seront placés dans un classement à part. On ne peut pas les bannir de ces épreuves car ils ont besoin de sortir des jeunes chevaux. Il ne faut pas non plus pénaliser le pur amateur qui se retrouve face à des professionnels. Cette organisation devrait motiver les amateurs qui aujourd'hui fuient les concours, et permettre aux enseignants de former des chevaux pour leurs élèves. Les concurrents amateurs en ont assez de voir des professionnels venir jouer dans la cour des amateurs à leur détriment. Pour ces amateurs figurer au classement est souvent devenu mission impossible.

         Pour ce qui concerne les dotations, elles posent évidemment des problèmes économiques pour les organisateurs, mais il est également anormal de payer un engagement 80 euros sans dotation... Comment financer? je connais le problème j'ai moi-même organisé des concours pendant de nombreuses années. Je crois qu'il faut faire l'effort de doter les épreuves les plus importantes. L'attelage Pro doit s'inscrire dans un circuit professionnel."

         JCG: une question subsidiaire à ces cinq niveaux, ne risque-t-on pas de voir diminuer le nombre de participants dans les épreuves ?

         C.M: " je ne pense pas pour les meneurs qui tournent aujourd'hui dans la catégorie Elite. C'est toujours les mêmes, ils tourneront avec notre programme dans la catégorie Pro valorisant  ainsi la performance de leurs chevaux dans le circuit économique.

         Nous allons aussi proposer des actions de sécurité sur les autres disciplines de l'attelage comme le Trec, l'endurance, le tourisme équestre, et tout l'attelage en général. Il y a un groupe de travail sur cette question. Même si l'on fait du tourisme équestre il faut le faire en sécurité et former les gens pour ça, même ceux qui n'ont pas de licence. C'est peut-être aussi des gens qui aborderont un jour la compétition. Il faut leur donner envie de découvrir la compétition avec l'entrée dans des épreuves club. On va leur en faciliter l'accès".

         JCG: avez-vous dans vos groupes des réflexions sur les examens, l'enseignement ?

         C.M: " il y a beaucoup de bruits qui circulent disant que l'équipe Godignon critique les BPJEPS, ceci ou cela,  va arrêter Lamotte-Beuvron... Ce n'est pas vrai, ce sont des mauvaises langues qui colportent de la désinformation. La fédération pilote le site de Lamotte-Beuvron qui a coûté très cher, mais on ne va pas rayer de la carte ce site qui accueille le Generali et le Meeting des Propriétaires. Ce sont des événements annuels qui génèrent une ressource financière importante pour les clubs. La seule chose que nous ferons ce sera d'améliorer les conditions matérielles lors de ces manifestations.

         Concernant la formation il suffit de reprendre les textes qui conduisent au BPJEPS, ils sont très bien faits, le contenu est très juste, il faut seulement appliquer le contenu! Nous porterons également une attention particulière à la formation continue des enseignants. Une fois le titre en poche, les enseignants ne sont plus formés, coincés dans leur club et le bac à sable, ils n'ont plus d'apport de matière. On veut faire en sorte que les enseignants puissent continuer à se former, car la pédagogie et la technique évoluent. Cela existe déjà en région PACA, avec un très bon professionnel, Christian Forlini. Cette volonté d'amener les enseignants dans cette voie est l'une de nos priorités. Nous mettront à la disposition des enseignants des experts. Évidemment chacun aura le choix d'y adhérer ou non".

         JCG: il y a tout de suite une question parallèle, quid de la formation des juges ?

         C.M: " voilà un terrain miné! En ce qui concerne les juges, il y a en Dressage des formations annuelles plus ou moins obligatoires car personne ne surveille vraiment. En Rhône Alpes que je connais bien, les juges réclament des formations. Il y a des difficultés à pouvoir évoluer dans le corps des juges. Là aussi il va falloir simplifier et former de manière continue. Il faut faire bouger les choses et ce n'est pas dans l'immobilisme en ce domaine que l'on peut faire évoluer la discipline. On a besoin de nouveaux juges dans toutes les disciplines, en mettant en place une formation permanente, et il ne faut pas bloquer les aspirations à devenir juge de ceux qui pourraient se manifester. Le problème général en France est un problème de FORMATION sur tout: les enseignants, les juges. Tout cela a été complètement abandonné, tout le monde s'endort !  

         Avoir de bons juges est essentiel. Il est tout à fait anormal que les juges ne soient pas rémunérés. Je fais de cela également l'une de mes priorités. Les juges ont des responsabilités. Vous ne pouvez avoir aucune exigence sur un bénévole ni aucune sanction sur lui, mais vous pouvez avoir de l'exigence sur quelqu'un que vous rémunérez. Ce ne sera peut-être pas des grosses rémunérations, elles viendront en complément des frais de transports, de repas, ou d'hébergement. Les juges doivent être rémunérés en Dressage comme en Attelage. Aujourd'hui ils touchent 0,40 € du kilomètre, ils dorment à l'hôtel, ils mangent à midi une saucisse frite pendant trois jours, ils font des heures et des heures de jugement quel que soit le temps, pour se faire engu... à la sortie parce qu'il n'y a pas le bon classement pour le mec qui est en face de vous!

         Je suis juge aussi, et lors d'une réunion avec des entraîneurs la question a été posée de savoir si un entraîneur pouvait également être juge. Pour moi la réponse est oui. Oui c'est compatible dans la mesure où l'entraîneur ne juge pas ses élèves, et évidemment il ne doit y avoir aucun conflit d'intérêts. Un technicien qui devient juge détient une technique, a une analyse, a une expertise supérieure à celui qui n'a jamais pratiqué la discipline. Ça ne fait pas de lui un meilleur juge pour autant, mais plus il y aura de juges techniciens mieux ce sera. Un technicien qui a son écurie et dont le dimanche est son jour de repos, s'il est convié à juger ou à faire autre chose d'officiel sur un terrain de concours, il est légitime qu'il soit rémunéré".

         JCG: une critique que l'on entend souvent sur les terrains ou en confidence, c'est la difficulté de communiquer et d'avoir des réponses avec les instances dirigeantes de l'attelage.

         C.M: " j'ai vécu cela au quotidien et c'est totalement inadmissible. Il y a une direction technique par discipline, on doit avoir un interlocuteur au bout du fil et obtenir des réponses, et pas un interlocuteur happé par différentes choses. Bien sûr il faut du suivi, de la détection... On veut une équipe de professionnels par discipline qui soit capable de répondre aux demandes d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient. Ce sera comme ça, et ce n'est pas le rôle d'un gamin de 21 ans qui sort de l'école. Je ne jette pas une pierre, je dis que c'est tellement amateur de gérer l'attelage comme il est géré aujourd'hui! On ne peut pas prétendre avoir des médailles en ayant un fonctionnement irrationnel. On ne peut avoir des médailles et motiver des gens que s'ils ont en face d'eux des professionnels qui sont à l'écoute, et qui les entendent bien. C'est très important.

         Il faut plus anticiper les grands événements comme les championnats du monde, et participer très tôt aux concours où sont les juges et chef de piste nommés pour ces événements. Il faut construire les couples bien en amont et bâtir une vraie stratégie en faisant également une surveillance toute particulière de ces concours, et ce  bien avant la grande échéance. Faire du sport de haut niveau c'est avoir trois longueurs d'avance si l'on veut ramener des médailles. Il faut se mettre au niveau de l'échéance et pas attendre de s'y mettre la veille de l'échéance".

         JCG: on n'en vient au rôle de la direction technique et de l'entraîneur.

         C.M: " l'entraîneur n'a pas à gérer la paperasse, mais sincèrement on n'a pas été très loin dans la réflexion. Il faut, c'est certain, un directeur technique ou un conseiller technique de terrain, car c'est beaucoup de travail. Le binôme est essentiel. Ça existe aujourd'hui, mais on n'a pas d'interlocuteur ni de politique de construction. Aujourd'hui on prend ce qu'il y a, ceux qui se débrouillent seuls au fond de leur jardin. De ce fait on n'a pas de renouveau: la détection est importante, la formation est importante, c'est évident, aujourd'hui on est à l'école des fans! "

         JCG: c'est une organisation très lourde que vous voulez mettre en place. Avez-vous l'intention de vous appuyer sur des personnes extérieures à la fédération, ou des groupes constitués pour vous aider dans quelques taches, sur des missions précises ?

         C.M: " pour nous c'est évident et indispensable. Nous pensons nous appuyer sur des gens dans les régions qui seront nos interlocuteurs directs et qui nous rapporterons des informations de terrain. Ils seront en rapport direct avec le directeur technique de l'attelage. Ces antennes régionales devront proposer et construire avec nous. Il n'est pas question pour nous de faire une fédération fermée dans une tour d'ivoire comme elle l'est aujourd'hui. Une fédération et là pour fédérer, elle n'est pas là pour se mettre sur un piédestal et prodiguer ses directives d'en haut et jeter des miettes de pain à ceux d'en bas. Quand on regarde un couple attelage, le meneur et son cheval, il y a à la périphérie un propriétaire, un groom, un vétérinaire, un maréchal… C'est une ruche qui tourne autour du couple, et bien la fédération c'est pareille, elle ne peut fonctionner que si autour il y a des petites abeilles. Et c'est par ce que tout le monde va travailler ensemble que cela va  fonctionner. Ca commence comme  ça l'esprit d'équipe."

         Concernant les élections il y a aujourd'hui beaucoup de gens qui sont indécis, ils ont peur du changement pour des tas de raisons: perte du label, s'inquiètent de voir un président qui serait issu de la compétition de haut niveau... Je voudrais dire que ça, ce n'est pas la question, et que ce sont des inquiétudes infondées. Il faut tout de même s'interroger, et savoir si après 15 années de pouvoir non partagé, s'il n'est pas temps de changer de politique, car tout a bien évolué depuis.

         Nous mettons à la disposition de tous une boîte  mail sur laquelle les personnes intéressées peuvent poser des questions. Ces questions seront dispatchées aux personnes concernées qui répondront. Les questions "attelage" me reviendront, il y a sans doute des idées encore meilleures que les nôtres, il faut les faire émerger".

         herve.godignon@ffe2017.fr

© Interview JCG

 


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