Article proposé par , paru le 03/10/2005 18:02:38
Rubrique : Informations générales, lu 965 fois. 3 commentaires
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Le retour du halage sur les bords de Marne


 

 

Le retour du halage sur les bords de Marne

Bien avant l’apparition de l’énergie mécanique, la propulsion des bateaux sur les fleuves et les canaux se faisait au rythme du courant, à la perche ou grâce au halage. Abandonné depuis plus d’un demi siècle, le halage par traction animale est à nouveau utilisé sur les berges de la Marne.

L’initiative de ce retour du halage par traction animale revient à la société Yprema, PME installée en Ile-de-France spécialisée dans le traitement des matériaux de démolition et des mâchefers d’incinération (résidus solides issus de combustion ménagère). Pour l’entreprise, l’objectif est clairement affiché. Il s’agit d’exploiter la voie fluviale qui, sur la même berge, sépare, à 500 mètres de distance, l’usine d’incinération de Saint-Thibault-des-Vignes (Seine-et-Marne) du centre de retraitement Yprema de Lagny-sur-Marne. L’enjeu est de diminuer le flux de camions entre les deux usines. Claude Prigent, le président de la société de recyclage, attaché à l’écologie industrielle, n’a pas hésité à remplacer les camions utilisés jusqu’alors par une barge de 12 tonnes tractée par des chevaux de trait.

« Sabots de secours »

Commence alors la mise en œuvre du projet. Il faut convaincre le port autonome de Paris, propriétaire des berges, de réaménager le chemin de halage : couper des arbres, réaliser des enrochements et équiper les bornes d’amarrage, présentes le long des quais, d’un système facilitant le passage de la corde de traction. Ensuite, il faut des chevaux et du personnel qualifié pour s’en occuper. Trois emplois sont ainsi créés : un meneur, un marinier et un matelot. Le choix des dirigeants d’Yprema se porte sur deux chevaux de trait Bretons, hongres de six ans : Kirch et Kaïfa. Un entier Kadou faisant office de « sabots de secours », selon l’expression de Gérald Bertrand, directeur de la filière béton pour Yprema qui rappelle que « ces derniers font partie intégrante des effectifs de l’entreprise ». Les chevaux ont été dressés près d’Angers où filent encore occasionnellement des péniches touristiques « hippo-tractées ». Sous les ordres du meneur Olivier le Cornec, formé à la conduite d’un attelage de péniche, les chevaux doivent évoluer calmement et fournir un travail de traction régulier tout au long du parcours (l’effort est facilité par le glissement du bateau sur l’eau). Le trajet n’est pas long, de 10 à 15 minutes, mais les chevaux tractent 80 tonnes à une vitesse de 5 à
6 km/h malgré le contre courant. Ils sont attelés à la barge par une corde d’au moins 50 mètres, suffisamment longue pour que le bateau ne soit pas attiré vers la berge et que les chevaux ne travaillent pas à l’oblique. Entre deux parcours, le premier dans la matinée et le second dans l’après-midi, les chevaux se reposent dans un abri spécialement aménagé sur le site industriel ou effectuent des exercices de longe, en longues rênes, attelés ou bien montés.
L’autre innovation de la société Yprema est la réalisation de la première péniche en aluminium recyclé. Baptisée « Rosily », la barge, capable de transporter 80 tonnes de charge soit l’équivalent de 12 camions, est l’emblème de la société. Gérald Bertrand précise : « nous souhaitons développer une image positive de notre entreprise et de ses activités de retraitement des déchets, avec pourquoi pas, des perspectives de tourisme industriel ». L’enjeu n’est certes pas la rentabilité, mais bien le souci de la préservation de l’environnement. Grâce au halage en traction animale, 7 000 camions circulent en moins chaque année !


Renseignements : Yprema, 7 rue Condorcet, 94437 Chennevières-sur-Marne. Tél. : 01 49 62 01 23.

 


  Commentaires
-Bravo pour l'initiative industrielle mais il reste encore à réapprendre par Herrus (05/10/2005 15:08:37)
Pour être intéressée par cette initiative que je salue au passage, il reste encore bcp de travail à faire pour caler les cadences de deux entreprises industrielles et la traction animale. Il y a encore quelques incompréhensions qui demeurent entre la gestion des efforts, le travail préparatoire (mise en condition) et des temps de récupération ou de travail compensatoire, tous nécessaires et pendants de la traction animale.

En effet, les impératifs de l'usine d'incinération d'ordures ménagères qui tourne 24h/24h pour incinérer les déchets ménagers de qq 330 000 équivalent habitant et l'agence Yprema qui recycle ces mashfers pour en faire un produit industriel économiquement valorisable, il y a un temps d'adaptation nécessaire qui n'est pas encore tout à fait terminé.

Saluons cependant, tous les acteurs du dossier, qui a l'attribution du marché, ont su être sensibles à l'initiative de la société YPREMA pour un projet HQE (haute qualité environnementale).
-Le retour du halage par Anne (06/10/2005 13:13:59)
Initiative interessante mais, paradoxalement, peu probante.
Dans ce cas, nous avons 3 traits bretons (2+1) qui travaillent environ 1/2 heure par jour, pour tracter une barge de 80 tonnes.

J'ai lu, dans la (maigre) littérature sur le halage que j'ai trouvé, que les chevaux tractaient chacun jusqu'à 140 tonnes, travaillant pendant 10 à 15 heures par jours.

D'un excès à l'autre, il y a surement un juste milieu à trouver, pour interesser à la fois les industriels et les gestionnaires des berges et voies navigables.
-YPREMA cherche 1 cocher pour cette paire par Herrus (03/11/2005 16:44:22)
En attendant, à ceux que ça intéresse, la Société YPREMA cherche un cocher pour la paire Kirsh et Kaifa. Niveau galop 5. Pour ceux que cela tente, je vous trouve l'annonce d'Yprema et je vous mets en ligne les coordonnées du service RH et l'interlocutrice dans les prochains jours